‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 87 sur 126 · ET VEUT SV SOUSTRAIRE · texte numérisé non relu

ET VEUT SV SOUSTRAIRE

se font poètes , peintres , musiciens ou littérateurs (1) : s'ils sont mus par le désir de faire fortune, ils ne prennent pas la voie la plus sûre ; car ces carrières , toujours par suite de Tencombrement, créent 80 misérables pour un enrichi.

Quant aux carrières véritablement utiles et productives, telles que le commerce, Tindustrie et Tagrlculture, dans la plupart des collèges on n*en donne pas les premières notions. Lorsqu'une famille peu aisée fait étudier un de ses enfans, c'est probablement pour améliorer sa position et lui assurer dans l'avenir quelque aisance; mais, au lieu d'une éducation utile, les collèges lui donnent une éducation de luxe. C'est comme si, par un grand froid, on lui mettait un jabot et point de redingote.

Par suite d'une éducation vicieuse, les classes intermédiaires ont donc , à l'instar des classes supérieures d'autrefois, abandonné les idées positives pour courir après quelque fantôme ; toutes les fois que l'ouvrier jette les yeux au-dessus de lui, qu'il regarde près ou loin, il ne voit que des e^^emples de dissipation réelle ou jouée (car parmi ceux qui se croient obligés de s'amuser, il y en a plus de moitié qui s'ennuient). Il n'est donc pas surprenant que l'ouvrier ne comprenne le bonbeur que comme il le voit savourer par les gens qu'il reconnaît pour ses supérieurs ; il prend au sérieux les déclamations qu'il entend retentir contre l'avarice (c'est ainsi que les dissipateurs appellent l'économie). Il croit faire preuve d'une grande élévation d'esprit en s'associant momentanément aux plaisirs d'une autre classe et, lorsqu'il a 3 fr. de

(i) On en voit encore d*autres qui se font perturbateurs; comme cette profession rentre dans la politique, nous ne nous en occuperons pas; nous dirons seulement que beaucoup d'entre eux auraient été des gens utiles, s*ils avaient su comment s^y prendre pour cela ; ils auraient préféré le bien au mal s'ils eussent été également propres à Tuo et à l'autre; mais, ayant révê au collège une brillante carrière et la voyant fermée devant eux, ils s'irritent, s'aigrissent, et font du bruit pour qu'il ne soit pas dit qu'il ne font rien du tout,

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resie au bout de la semaine , il achète des gants et va àa spectacle.

On en voit d'autres qui préfèrent le cabaret et qui s'accoutument si bien à une vie de fainéantise qu'ils ne la quittent plus que par assez courts intervalles et pour s'y replonger dès qu'ils retrouvent quelque argent.

Ce désordre qu'on ne saurait trop déplorer provient de deux causes principales , des exemples pernicieux que hii donnent les classes supérieures et du défaut d'instruction sur les principaux points de l'éducation populaire. ' La première disparaîtra quand les idées saines se seront répandues plus généralement dans les hautes classes.

La seconde s'en ira probablement avec la première ; car ce sont les hautes classes qui font l'éducation des classes inférieures.

Lorsqu'elles auront saisi la vérité comme plusieurs de leurs membres la saisissent dès à présent, elles s'efforceront sans doute d'améliorer la condition morale du pauvre. Si elles ne le font pas par humanité, elles devront le faire encore par égoTsme ; car c'est le seul moyen d'assurer leur propre bien-être, leur propre sécurité et d'augmenter dans l'avenir la richesse et la puissance de la nation.

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