‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 92 sur 126 · CHAPITRE · texte numérisé non relu

CHAPITRE

Des corporations.

Si Ton examine les corporations dé tous les temps et de tous les pays, on les trouvera composées des mêmes élémens. Leur forme a varié à l'infini , mais le fond est resté toujours le même. Une corporation est une association d'ouvriers qui possèdent le monopole de certains travaux ; leur nombre est déterminé et ils ne se recrutent qu'avec des conditions d'admission spécifiées et invariables.

Les partisans des corporations en ont nié les inconvéniens ; leurs adversaires en ont nié les avantages. Il est pourtant certain qu'elles étaient, comme presque toutes les choses humaines, mi-parties de bien et de mal. Il n'entre pas dans le plan que nous nous sommes tracé de les examiner sous le rapport politique ou social ; nous les envisagerons sous le point de vue pécuniaire, c'est-à-dire que nous rendrons compte des effets qu'elles produisent sur le bien-être des classes pauvres , sans nous enquérir de la sécurité ou des inquiétudes qu'elles peuvent donner aux gouvernemens. Les corporations seront pour nous une forme d'organisation du travail et non une puissance à demi indépendante sur laquelle peuvent s'appuyer les chefs de l'État et les chefs de parti.

L'une des causes les plus fréquentes de la misère , c'est la trop grande affluence des ouvriers dans une profession qui ne leur ofiTre pas assez de travail. Lorsque la concurrence entre les travailleurs acquiert un trop haut degré d'intensité, les salaires tombent et le moment arrive où le travail, même à un prix réduit, ne peut plus être offert à tous. Il est évident que les corporations mettent leurs membres à l'abri de ces causes de souffrances : un nombre limité d'ouvriers ayant

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seuls le droit d^exercer un métier utile, ils doivent trouver un emploi continuel et régulier de leur industrie, puisqu'ils ne peuvent être troublés et dépossédés par Tinvasion de nouveaux arrivans. Les conditions d'admissibilité imposées par les corporations el qui se composent d'un noviciat prolongé et d'expériences qui prouvent l'aptitude de l'ouvrier admis, ces conditions sont pour le consommateur une garantie de la bonne qualité du travail. Tels sont les avantages incontestables des corporations ; mais là se borne leur utilité. Voici maintenant leurs désavantages.

Elles tendent à perpétuer les méthodes vieillies et deve* nues insuffisantes; elles établissent pour les ouvriers une sorte de niveau et les empêchent de s'élever au-dessus aussi bien que de tomber au-dessous ; elles s'opposent à l'esprit de découvertes et de perfectionnemens (1). Ce sont là des cir*constances fâcheuses pour les consommateurs. Elles peuvent le devenir aussi pour l'ouvrier, si d'autres pays non soumis au régime des corporations prennent l'avance des décou* vertes et s'assurent le monopole des marchés par la qualité supérieure et le bas prix de leurs produits.

Il faut remarquer, d'ailleurs, que le bien-être que les cor» poratious assurent à ceux qui en font partie est acheté au prix du malheur qu'elles font peser sur le reste de la popu^ lation. Il n'existe dans chaque pays qu'une quantité donnée de travail ; en la réservant tout entière à quelques-uns, on l'ôte aux autres qui en ont pourtant un besoin égal. Il n'y a donc pas bénéfice pour la classe pauvre , mais seulement.

(i) On peul objecter qu'elles existent en Angleterre, terre classique du progrès industriel, mais d*abord elles ne s'étendent pas en Angleterre à tout les états, et ceux qui sont le plus en progrès sont exempts de corporations; ensuite elles y produisent quelques inconvéniens que surmonte l'esprit actif et inventif de la nation.Yoici un exemple des bizarreries qu'elles y ont créées ; un carrossier ne peut pas fabriquer ses roues, ni payer des ouvriers pour tes lui faire : il faut qu'il les achète toutes faites du fabricant de roues. Ainsi l'a décidé un des statuts de la reine Elisabeth (Adam Smitb, ÏFeakho/natio/Ut Uv. I, cb. 10 a" partie).

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pour une partie de celte classe qui gagne ce que l'autre perd. Les corporations tne paraissent avoir toujours été moins une institution phiiantropique qu'une institution politique. Il serait possible d'en donner la démonstration, mais elle s'écarterait trop du sujet qui nous occupe.

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