‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdesChapitre 96 sur 126 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Des lois sur les céréales ; de TexportatioD ; des accapareurs.

La nourriture coustitue la principale dépense des basses classes; elle surpasse pour eux le reste de leurs charges réunies, c*est-à-dire celles du vêtement, du logement, etc. ; il était donc naturel que la sollicitude des philantropes et des gouvememens se portât tout d'abord sur la plus forte cause de dépenses et qu'on s'efforçât d'assurer avant tout des alimens aux prolétaires ; mais la diversité, la contradiction même des moyens employés a f^iit voir combien la science était peu avancée et combien ceux qui apportaient aux classes pauvres le tribut de leur zèle étaient loin de pouvoir aussi leur apporter le tribut de leurs lumières.

Quelques-uns ont pensé que , l'abondance des céréales étant la première cause de leur bon marché, il fallait empêcher, partons les moyens, les céréales de devenir rares et, en conséquence, ils ont prohibé leur exportation, afin que, nulle portion de blé n'étant envoyée à l'étranger, il en restât une plus grande masse dans le pays. Ils n'ont pas réfléchi que, le bénéfice net étant le seul but que se proposent ceux qui produisent et vendent du blé, en diminuant le bénéfice net, ils ne pouvaient manquer de décourager et de diminuer la production.

D'autres ont fait un calcul diamétralement opposé et, réfléchissant que l'agriculture est chez presque tous les peuples Tindustrie-mère qui donne naissance aux autres, ils ont voulu la protéger contre toute concurrence de l'industrie étrangère; en conséquence ils ont prohibé soigneusement toute importation de blé du dehors. Ceux-ci font valoir à Tappui de leur système un argument que ne possèdent pas les premiers : si l'on permet, disent- ils, aux blés étrangers d'entrer

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habituellement dans un état, on accoutume cet état à ne plus produire ses blés lui-même^ mais. à les aller prendre ailleurs : or, si les étrangers ne pouvaient plus ou ne voulaient plus lui fournir de céréales, par suite de quelques cas de guerre ou de disette, il se trouverait privé de Taliment indispensable sur lequel repose principalement la nourriture des classes pauvres; il résulterait de là une famine et des malheurs que Ton prévient, en le forçant de conserver Thabitude de produire lui-même les céréales quil consomme.

Il y aurait beaucoup à dire contre ces deux systèmes qiii ont pourtant l'un et Tautre quelque chose de vrai , en ce sens que, dans certains cas, il est bon de gêner Pexportation et, dans d'autres, il convient de ne pas permettre uneimpor» tation illimitée. Nous nous bornerons à poser, de la manière la plus succincte, quelques principes généraux.

En matière de commerce de grains, Tabus consiste à trop généraliser et à ériger en système permanent ce qui doit pouvoir être modifié suivant les circonstances. Quand les récoltes ont manqué et que le prix des grains s'élève, nul doute qu'il ne faille en aller prendre là où ils sontabondans et à bas prix; lorsque le prix des grains s'abaisse avec excès, il est nécessaire de permettre l'exportation, si l'on ne veut pas décourager et ruiner les producteurs : il ne faut pas qu'on dise que, le grain étant la nourriture du pauvre, il ne peut pas être à trop bon marché. Si l'on pouvait en diminuer la valeur d'une manière permanentCi sans en diminuer la production , il y aurait avantage à le faire ; mais si on écrase les prix pendant une année ou deux, le propriétaire et le fermier s'adonneront à d'autres cultures, et le grain, pour avoir été trop abondant et trop bon marché pendant quelques années, deviendra trop rare et trop cher pendant les années qui suivront; on aura acheté un bien-être passager au prix d'une famine et de tous leà désastres qu'elle entraîne ordinairement à la suite.

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