‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 108 sur 117 · DE LA TEMPÉRANCE · texte numérisé non relu

DE LA TEMPÉRANCE

^ II, De la lenipcrancc.

D. Qu’est-ce que la tempérance ?

R. C’est une vertu qui éloigne l’ouvrier des excès de table et le porte à cesser de manger ou de boire quand il n’a plus ni faim, ni soif.

D. Quels sont les motifs de la tempérance?

R. Le premier motif temporel , c’est l’économie. Le vin est la principale cause de ruine et de désordre chez les ouvriers.

D, Quelles sont les plus fâcheuses conséquences de l’ivrognerie?

R. Elle ôte à l’homme la raison et le réduit â l’état de la brute. L’ouvrier ivre peut être porté involontairement à tous les crimes ; il jette alors le trouble dans les ateliers et s’en fait chasser. Il se querelle, se bat et brise des objets de prix qu’il lui faut payer lorsqu’il est dégrisé.

D. Il y a des hommes qui ont une ivresse gaie et tranquille et qui sont à-peu-près sûrs de ne pas faire de mal étant ivres ?

R. Ils n’en sont jamais entièrement sûrs , et quand leur ivresse ne les porterait à aucun désordre, elle aurait toujours détruit la richesse qu’ils dépensent à boire.

D. Mais les liqueurs fermentées soutiennent l’ouvrier , et dans les grands travaux on doit les regarder comme utiles ?

R. Oui, pourvu qu’elles soient prises avec modération.

D. L’économie prescrit donc à l’ouvrier de ne pas manger et boire au-delà de ses besoins; mais ne serait-il pas encore plus économique de ne pas satisfaire entièrement ses besoins?

R. Non. Indépendamment des souffrances physiques qui en seraient le résultat, il éprouverait une diminution de sa force corporelle, et, par suite, il ferait moins d’ouvrage. Une

J>ES CAISSES d'épargnes.

bonne nourriture est donc recommandée à l’ouvrier , nonseulement par le médecin , mais encore par l’économie.

§ III. Des caisses d'épargnes.

D. Que peut faire l’ouvrier de l’argent qu’il économise?

R. Le placer à intérêt, ou acheter quelque objet qui lui donne un revenu.

D. Les placemens à intérêt ne sont-ils pas chanceux ; ne perd-on pas souvent intérêt et capital?

R. Oui. Quelquefois les emprunteurs ne peuvent pas ou ne veulent pas rembourser.

D. N’y a-t-il pas aussi des obstacles à ce que l’ouvrier achète?

R. Il n’y en a pas , si l’ouvrier possède une forte somme j mais il ne trouvera pas de terre ou de maison ù acheter pour tiO ou 50 francs.

D. Il doit donc garder son argent chez lui Jusqu’à ce qu’il en ait assez pour l’employer?

R. Non, il risquerait de se faire voler et il perdrait l’intérêt que cet argent peut rendre.

D. Qu'en faut-il faire?

R. Il peut le placer à la caisse d’épargnes, qui prend les plus petites sommes et en paie l’intérêt.

D. Y a-t-il des chances à courir avec la caisse d’épargnes?

R. Non, puisqu’elle est garantie par le gouvernement.

D. N’offre-t-elle pas encore à l’ouvrier, d’autres avantages sur les autres placemens.

R. Oui, la caisse d’épargnes lui rend son argent quand il le veut, et par aussi petite somme qu’il veut ; tandis que s’il achète ou prête à des particuliers, il ne pourra ravoir son argent qu’à une époque éloignée, et il l’aura tout à-la-fois, quoi qu’il n’ait souvent besoin que d’une très petite partie.

D. Quels sont los inconvénieos de la caisse d’épargnes.

DU MARIAUE. S35

R. Elle n’cn a pas , et c’est pour l’ouvrier riuslilution la plus salutaire, lu plus bicnraisaiite, et celle dont il devrait le plus profiter (1).

§ IV. Du mariage.

D. Le mariage est -il bon pour l’ouvrier?

H. Oui , lorsqu’il a fait quelques économies et qu’il est sûr de pouvoir nourrir sa femme et ses enfans.

D. Et lorsqu’il n’a pas d’économies, le mariage est-il bon pour lui ?

R. Non, le mariage est pour celui qui ne possède rien, un acheminement vers la misère.

D. Cependant on a des égards pour les pères de famille, on les plaint dans leur détresse et on les seco urt de préférence aux autres ?

R. L’ouvrier ne doit pas s’exposer à être forcé de mendier des secours ; il doit se sufllre à lui-même par son travail , et ne pas oublier que c’est se dégrader que de recevoir le pain de la pitié.

D. On en voit pourtant beaucoup qui le font ?

R. C’est qu’ils ne peuvent pas mieux faire; ce sont des hommes presque toujours bornés et faibles, qui n’ont pas su se gouverner avec prudence, et qui ne peuvent plus se tirer tous seuls d’affaire; mais ils sont loin de jouir de la considération qui s’attache à l’ouvrier indépendant.

D. Mais si l’ouvrier ne se mariait que quand il a éco-

(i) On devrait joindre à ce chapitre quelques nations sur les assurancet sur la oiic. Ces utiles institutions , romplcment nécessaire des caisses d’épargnes, sont trop peu répandues et trop peu connue! surtout. Il en résulte qu’elles sent blâmées par un grand nombre de personnes qui ne les ont pas regardées d’assez près, F.a crainte de blesser la conviction de ces personnes et le désir d’abréger me déterminent à u’enlrcr sur elles dans aucun développement.

23() D£ LA LIBÉRATION DE l’iNDUSTRIE;

uomisé quelque chose , il y en u beaucoup qui ne sc marieraient jamais?

R. S’ils n’ont pas d’ordre , c’est ce qu’il y aurait de plus heureux pour eux; il vaut mieux être seul dans la misère, que d’y plonger une femme et des enfants. Pour l’ouvrier laborieux et rangé, il est sûr d’acquérir un peu d’aisancc; il ne s’agit pour lui que de patienter : l’ouvrier n’est pas oblige de se marier aussitôt qu’il a de la barbe.

Page 1