DE LA. GRÈVE
§ V. De la grive (i),
La grève systématique et collective est interdite par la loi française comme l’un des résultats du fait prohibé de coalition. 11 n’est donc pas expédient d'enseigner aux ouvriers une doctrine en opposition directe avec la loi du pays. Nous donnerons seulement une idée de ce que serait ce chapitre.
La grève est licite ainsi que plusieurs de ses conséquences. Les secours donnés aux membres de l’association sont dans le droit de l’ouvrier, parce qu’il peut faire de son argent ce que bon lui semble ; mais la grève devient coupable aussitôt qu’on veut l’imposer; l’ouvrier qui veut chômer en a assurément le droit et peut s’associer pour cela avec un ou plusieurs de ses camarades ; si l’on emploie la force pour l’en empêcher, il n’en a pas moins pour lui le bon droit et l’assentiment secret de ceux mêmes qui le poursuivent; mais l’ouvrier devient inexcusable lorsqu’il emploie lui-même la violence pour entraîner d’autres ouvriers dans son système. Pourquoi fait-il grève? parce que le salaire offert ne lui convient pas : hé bien ! s’il convient à d’autres, il doit trouver bon qu’ils en profitent. Que dirait-il, lui qui veut faire grève, si on l’obligeait à travailler? et comment ne voit-il pas qu’il est aussi
sufGsaas parce que les ouvriers s'élaient trop multipliés ; cependant le travail ne manquait pas absolument, et quelques ouvriers très actifs gagnaient encore de bonnes journées, parce qu’ils produisaient beaucoup. D’autres ouvriers faibles, paresseux ou malhabiles gagnaient très peu et se plaignaient de leur position. Qu’imaginèrent-ils? Ils prétendirent que les ouvriers actifs leur enlevaient leur ouvrage en le faisant, et ils voulurent établir que nul ouvrier ne pourrait faire par jour au-delà d’un certain nombre de pièces. Ils calculaient que, s’ils pouvaient empêcher les bons ouvriers de travailler pendant une portion du Jour, une bonne part de travail reviendrait forcément aux mauvais. Mais la niaiserie d’une pareille combinaison égalait son injustice.
(r) On appelle grève l’accord en vertu duquel un grand mmbre d’ouvriers suspendent momentanément leurs travaux.
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injuste d’ôler le travail à celui qui le veut que de l’imposer à celui qui le repousse? dans les deux cas il y a violation de la propriété etde la liberté. L’ouvrier qui avait conservé la faveur secrète de tous les gens sensés tant qu’on no lui reprochait que le délit imaginaire de coalition, cet ouvrier la perd dès qu’il a voulu violenter ses compagnons. Il en est de même des occasions où il veut violenter ses maîtres.
$ VI. Des mécaniques.
D. Qu’est-ce qu’une mécanique?
R. C’est une machine destinée à remplacer d’une manière plus économique le travail d’un grand nombre d’ouvriers.
D. Les mécaniques enlèvent donc du travail à certains ouvriers?
R. Oui , mais elles en donnent à un plus grand nombre d’autres.
D. Quelle sorte de travail peuvent-elles donner?
R. D’abord elles occupent les ouvriers qui les fabriquent, puis les ouvriers qui les font aller; enfin elles abaissent le prix de la marchandise produite. Ce prix étant abaissé, les consommateurs en demandent davantage, et augmentent ainsi la masse des travaux.
D. Mais si les mécaniques donnent plus de travail qu’elles n’en ôtent , elles n'en font pas moins perdre à quelques-uns leurs moyens d’existence?
R. C’est un mal sans remède.
D. Cependant on pourrait défendre les mécaniques et alors le travail resterait aux ouvriers qui le font?
R. Non ! il passerait à d’autres pays qui auraient adoptés les mécaniques.
D. Pourquoi?
R. Parce que le cousommaieur va toujours au meilleur
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marché et que celui qui emploie les mécaniques peut livrer au meilleur marché possible. Le travailleur à la main ne peut donc pas lutter contre elle.
D. Si le gouvernement défendait à Paris l’usage de toutes les mécaniques , n’en résulterait-il pas une augmentation de travail pour les ouvriers de Paris?
R. Non ! les mécaniques se transporteraient dans les départemens , et l’on apporterait à Paris les objets manufacturés.
D. Mais on pourrait défendre aussi les mécaniques dans les départemens , et alors il faudrait bien employer des ouvriers pour faire l’ouvrage des mécaniques?
R. Non ; les étrangers ont des mécaniques ; le travail se transporterait chez eux, parce qu’il y serait meilleur marché; on ramènerait chez nous leurs marchandises toutes fabriquées et la prohibition des machines en France n’aurait d’autres résultats que de donner aux ouvriers hollandais, anglais ou américains, le travail des ouvriers français.
D. Les mécaniques sont donc une riche.sse pour leur propriétaires et pour les ouvriers qu’elles emploient ; mais quel est leur effet sur la masse de l’espèce humaine?
R. Elles augmentent son aisance en abaissant le prix des objets de première nécessité. Une paire de bas faits à la mécanique coiite bien moins qu’elle ne coiitait quand il fallait la faire à la main ; aussi, avec le prix que coiUait une seule, on peut aujourd’hui en avoir plusieurs ; il en est ainsi de toutes les mécaniques.
D. Que doit-on donc penser de ceux qui les brisent?
R. Que ce sont des hommes ignorans ou criminels. Briser une mécanique, c’est précisément la meme chose qu’incendier une maison.
CONSIDÉBATIONS GÉNÉRALES.
, TROislàvi: SECTION. — Uli L'ÉCONOMIE.
§ I. Considérations générales.
D. Qu’esi-ce que l’économie ?
R. C’est une vertu qui porte l’ouvrier à ne pas dépenser tout ce qu’il gagne.
D. L’ouvrier peut-il toujours économiser sur son salaire?
R. Non ; pas toujours, mais habituellement (1).
D. Quel est le but de l’économie?
R. C’est de se ménager , pour l’avenir , des ressources en cas de malheur ou de cessation de travail.
D. L’ouvrier qui possède assez pour se trouver à l’abri de la misère doit-il cesser de vivre avec économie?
R. S’il est père de famille, l’économie continue d’étre pour lui un devoir ; il doit s’efforcer de laisser ses enfans dans la meilleure condition possible.
D. L’économie ne peut-elle pas être poussée à l’excès , et ne devient-elle pas alors un vice?
R. Oui, par exemple, l’ouvrier qui pour amasser davantage laisserait manquer sa famille , serait assurément répréhensible.
D. L’économie contenue dans de justes bornes n’attire -telle pas sur l’ouvrier la considération générale?
R. Oui, l’ouvrier qui s’est créé, par son travail, une fortune indépendante est estimé de tous , tandis qu’on fait peu de cas du prodigue toujours poursuivi par des besoins d’argent.
( i) Ici doivent se placer quelques calculs tirés des travaux les plus ordinaires dans chaque localité ; il sera aisé d’en faire ressortir ce fait : que l’ouvrier rangé gagne plus qu’il ne dépense , s'il peut éviter le chômage.