CHAPITRE VII
Des lectures populaires ; du sentiment religieux.
Il n’y a pas assez de livres à l’usage des classes ouvrières; lessavaus écrivent presque toujours pour d’autres savans; la plupart des ouvrages instructifs sont au-dessus de la porte.
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Ipc (Jpsgens (lu monde, à plus forte raison sont-ils au-dessus de la portée des ouvriers. Rien ne serait plus utile (jue de composer une petite bibliuthèque(l) populaire où les classes pauvres trouveraient un emploi profitable de leur loisir et une instruction bornée , mais saine ; une telle oeuvre servirait plus la cause de l’humanité que la ciaiation de dix hôpitaux et , malgré cela , tout porte à croire qu’elle ne s’accomplira pas de long-temps. Les intelligences sont tournées vers d’autres points plus brillans, quoique moins solides; quelques-uns reculent devant l’immense dilHculté qu’offre réellement l’entreprise malgré son apparente simplicité; enfin , l’objection principale , c’est que ce serait une œuvre de pure et obscure philantropie , sans retentissement et sans gloire; le nom de l’écrivain demeurerait probablement dans l’ombre , et les ouvriers à venir enverraient seuls des bénédictions sans adresse à leur bienfaiteur inconnu.
Maisilsembleque la religion pourrait joindre ù son enseignement habituel quelques doctrines pratiques et d’un usage fréquent; pourquoi ne prendrait-elle pas pour texte de ses discours et de ses écrits certains points un peu négligés jusqu’ici des devoirs temporels des classes pauvres. Par exemple, on trouve dans l’Écriture des maximes telles que celles-ci î V homme e»t fait pour le travail, comme f oigeau pour voler. L'homme qui ne travaille pat n'etl pas digne de vivre. Qui empêcherait de commenter en chaire ces belles paroles, et de les développer avec toutes leurs conséquences?
La lettre tue et F esprit vivifie. Ainsi il faudrait expliquer que le travail n’est cependant recommandé que
(,) En Angleterre, il y a des livres pour le peuple; niais en France où les classes pauvres ne lisent que depuis peu d'années, on n’a pas encore en le temps de rien composer pour elles; aussi la plupart des livres que lisent les ouvriers sont des recueils' de grossières ut licencieuses sottises; il suffirait pour le prouver d'en citer les titres , mais il est impossible qu’ils trouvent place dans un ouvrage liounétc.
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lorsqu’il est utile et raisonné, c’est-à-dire productif; que son but n’est pas uniquement d’éviter l’oisiveté, mais aussi d’amener l’abondance ad foyer du mercenaire (1), que si la •bienfaisance est un devoir, il faut pour être en état de l’exercer, ne pas avoir besoin de recourir soi-même à elle; que l’aumône doit être active et non passive, c’est-à-dire que s’il est ordonné partout de la faire, il n’est conseillé nulle part de la demander ; que la pauvreté recommandée par l’Evangile est la pauvreté du cœur et non celle de la fortune, c’est-à-dire le détachement des richesses et non la misère réelle; enfin qu’il est méritoire à l’ouvrier de se créer une aisance et d’arriver à la fortune, surtout s’il le fait dans le dessein de mieux élever ses enfans, ou de contribuer à la prospérité de son pays, ou de pouvoir servir ses semblables dans la détresse.
Ce serait une entreprise éminemment utile, que d’appuyer les sciences nouvelles sur la plus ancienne et la plus respectée de celles que nous ont laissées les siècles passés. Rien ne serait du reste plus facile que de démontrer la parfaite concordance de la religion avec l’économie politique, comme Buckland et Cuvier ont montre sa concordance parfaite avec la géologie ; mais il est à croire que cette démonstration sera retardée par les mêmes causes qui s’opposent, comme nous venons de le dire, à la création d’une bibliothèque populaire : ce serait une œuvre laborieuse, grave, destinée seulement à un petit nombre d’esprits sérieux; voilà ce qui fait qu’elle ne s’accomplira peut-être pas de notre temps où chacun vise aux succès prompts et éclatans, plutôt qu’aux succès utiles et durables.
(i) C’esl ainsi que les aiivriers sont désignés dans rEcrilure, el on les y trouve fréquemnieul nienliimnés sous celte dénomination.