DANS LEURS RAPPORTS AVEC LA LÉGISLATION
11 n'en est pas ainsi de l’ouvrier employé dans une vue de produit net ; il sait que le travail lui est nécessaire pour subsister; mais il sait aussi que celui qui l’emploie tire parti de son travail. Son maître ne peut le congédier sans se nuire à lui-même et sans renoncer aux profits que lui rendaient les journées de son ouvrier. Dès-lors il le considère comme un homme ; il le traite avec quelques égards et , s’il est loin de notre pensée de vouloir détruire tout respect et toute subordination des ouvriers vis-à-vis de leurs maîtres , il en est également loin de vouloir qu’ils leur offrent une obéissance aveugle. Il y a pour les basses classes , comme pour les hautes , une certaine dignité d’homme à laquelle on ne renonce jamais impunément et sans perdre quelque vertu et quelques sentimens qu’il serait mieux de conserver : ce n’est plus un citoyen que celui qui s’est livré corps et âme à un autre; c’est un séide, un leude ou un parasite, classes qu’il est essentiel de ne pas multiplier.
Le produit net étant , sous tous les rapports et pour tous , incomparablement préférable au produit brut , comment se fait-il qu’il ne soit pas constamment poursuivi à l’exclusion de son rival et comment se trouve-t-il des hommes assez aveugles pour s’attacher au produit brut qui peut les faire vivre, mais jamais les enrichir ?
C'est que des lois mal conçues ferment souvent les avenues du produit net à ceux qui voudraient y arriver; c’est qu’il y a quelques intelligences rebelles qui ne calculent pas et qui se contentent d’agir. C’est que des réglemens institués en vue d’une autre société depuis long-temps détruite n’en ont pas moins conservé leur vigueur, salutaire autrefois, aujourd’hui destructive ; enfin c’est que les uns ne pensent pas à comparer les deux systèmes et que les autres qui en sentent la différence , sont lancés forcément et sciemment dans la mauvaise voie.
On me dira peut-être qu’aucune loi précise n’interdit le bénéfice net? Cela est vrai ; mais tantôt des droits écrasans