DÉFISITIO>' DE L\ MISÈRE ET DE 1,A SOLFERAI«CE
face, la souffrance n’a été qu’un> douloureux avant-goût des malheurs qui se préparent; mais telle n’est pas la masse de l’espèce humaine.
L’intelligence infinie qui a présidé à l’organisation de l’univers n’a pas voulu que le péril vint surprendre à l’improviste ses créatures ; elle leur a donné l’ouïe et la vue pour les avertir des dangers éloignés et la souffrance, comme un sens plus intime, qui leur fait savoir que le danger s’esi rapproché. Sauf quelques cas d’accidens ou de combats, les êtres organisés passent rarement de l’état de santé parfaite à celui de destruction absolue. Les morlssubites sont en petit nombre, si on les compare aux morts lentes et graduelles.
Il en est de même des misères subites. La misère est la mort industrielle de l’homme, comme la folie est sa mort intellectuelle.
Laissons de côté les évènemens exceptionnels, tels que ceux d’incendie et de naufrage ; nous trouverons que la misère ne vient jamais fondre sur l’homme, sans que la souffrance ait frappé à sa porte et lui ait dit: préparez-vous. Par quel aveuglement étrange l’avertissement de la providence est-il dédaigné?
Nous avons dit, dans lé précédent chapitre, que la détresse du pauvre devait être soulagée à son début, c’est-à-dire, lorsquela souffrance bien constatée n’était pas encore passée à l'état de misère. Ce n’est pas à dire pour cela que le misérable doive être abandonné; mais, dans l’habitude de la vie, les secours doivent arriver assez tôt pour l’empêcher de devenir misérable; que si le pauvre est privé de ses ressources par un accident imprévu, ou s’il ne fait connaître son état qu’après être tombé dans l’extrême pauvreté, nul doute qu’il ne faille l’accueillir et le relever ; mais, dans une société régulièrement organisée et pourvue d’institutions raisonnées contre la misère, ces cas devraient être aussi rares que ceux de fracture ou de luxation ; un petit nombre d'hôpitaux suffit pour tons les accidens de ce genre.