‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 6 sur 117 · DÉFINITION DE LA MISÈRE ET DE LA SOUFFRANCE · texte numérisé non relu

DÉFINITION DE LA MISÈRE ET DE LA SOUFFRANCE

Il ii’arrivepresque jâmaisque le pauvre cherche à dissimuler sa détresse; il l’accuserait plus promptement encore, s’il savait que des mesures sont prises pour le soulager. Mais partout où régnent encore des idées arriérées sur la bienfaisance, le pauvre est repoussé s’il n'est pas positivement misérable ; tant qu’un homme n’en est qu’à la souffrance à laquelle de faibles secours pourraient l’arracher, on lui répond : nos ressources sont bornées et nous ne les devons à d’autres familles qui sont bien plus malheureuses que vous. Raisonnement spécieux et fondé sur une sympathie vraie pour le malheur , mais qui au fond équivaut à celui-ci : La bienfaisance doit examiner les besoins et ne tenir aucun compte du résultat. Pourvu qu’elle agisse, peu importe qu’elle diminue ou non la masse des douleurs.

Supposons dix indigens atteints d’une maladie grave, mais qu’un traitement d’un mois peut faire disparaître ; si l’on ne peut disposer que d’un lit dans un hôpital, devra-t-on les traiter successivement et les renvoyer tous guéris ou bien laisser dans ce lit pendant dix mois un incurable? Dans ce dernier cas, on aura laissé souffrir dix hommes pour un qu’on aura momentanément soulagé; et à quel prix ce soulagement aura-t-il été obtenu ? Les maux des dix autres se seront aggravés et ne céderont plus aux efforts de l’art, de sorte qu’on aura créé dix incurables pour avoir trop accordé au bien-être d’un seul.

Je sais qu’en fait de bienfaisance beaucoup de personnes n’aiment pas les chiffres ; mais comment puis-je faire comprendre autrement ma pensée? C’est à cet éloignement du calcul que sont dus, suivant moi, presque tous les ravages de la misère et l’ineliicacité des secours ; il faut bien que j’emploie la méthode que je conseille.

Betumé du chapitre II.

Les remèdes préventifs sont ceux qui s’appliquent à la

l(i DKFIMTIOK DK LA MISKDK ET DE LA SOIFFRANCE.

pauvreté lorsqu’elle n’est encore qu’à son premier degré, c’est-à-dire à l’état de souffrance. Lorsqu’elle est parvenue à l’état de misère, elle doit être secourue encore ; mais on doit tout faire pour l’empécher d’y arriver ; et lorsque ces cas se multiplient, ils accusent un vice profond dans l’organisation des moyens de la bienfaisance.

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