DU DÉFRICHEMENT DES BOIS
fer plusieurs familles pauvres; mais le même hectare cultive en pommes de terre pourrait les nourrir; s’il était en prairie, il fournirait de la viande ou de la laine; il pourrait donc les fortifier ou les habiller: ce serait en outre pour elles une masse de travail productif in&niment supérieure à celui que la coupe du taillis fournit à quelques bûcherons.
Il est de notoriété publique qu’un hectare de bonne terre rapporte moins en bois que par toute autre genre de culture; or, ce seul fait prouve invinciblement que la culture des bois est la moins utile de toutes aux masses : en effet ce sont les besoins généraux qui déterminent la valeur vénale du produit d’une terre. Si un homme offre d’un pain plus d’argent que d’une bûche, c’est qu’il a plus besoin d’alimens que de combustible; si la récolte d’ua hectare en luzerne trouve des acheteurs à un prix plus élevé que la récolte d’un hectare semblable implanté en bois, c’est que la masse des acheteurs a plus besoin de la luzerne que du bois: le prix offert par le consommateur est la mesure exacte de l’utilité qu’il tire de l’objet mis en vente. Il est parfaitement clair qu’il offre d’autant plus qu’il éprouve des besoins plus pressans : ainsi , multiplier par la contrainte des produits peu recherchés et peu payés, c’est multiplier des produits comparativement peu utiles ; et comme la terre ne peut donner simultanément deux récoltes, c’est entraver la culture d’autres plantes infiniment plus nécessaires au public, puisqu’il les paie infiniment plus cher.
Ceci ne doit pas être pris d’une manière trop absolue; il y a des réserves à faire pour les terrains eu pente, etc., etc.
Nous passons sous silence plusieurs considérations qui ne sont pas sans importance’, mais qui ont trait à l’agriculture plutôt qu’à la misère.
DES PKÉ8 NATURELS.
§ IV, Des prés naturels,
Bien qu’on soit généralement revenu aujourd’hui des idées anciennes sur l’exportation du numéraire, et qu’il ne soit plus permis qu’aux gens peu éclairés de regarder comme une cause de ruine les achats faits au dehors, il n’en est pas moins certain que l’importation des produits étrangers peut, en certain cas, être désavantageuse; je m’explique: lorsque le climat est contraire à la production d’une plante ou d’un animal, lorsque les matières premières nécessaires à la confection d’un objet manufacturé sont de mauvaise qualité dans un pays , c’est une faute de s’obstiner à faire soi-même ce qu’on pourrait demander à meilleur compte à ses voisins ; on obtient ainsi des objets défectueux et on les paie extrêmement cher. Mais si les étrangers ne doivent pas être exclus du marché d’une nation, les nationaux doivent y être ù plus forte raison admis, et c’est une énorme faute de payer chèrement au dehors ce qu’on ferait mieux et à meilleur marché chez soi.
Ces réflexions se présentent naturellement à l’esprit , lorsque l’on songe que la France, avec ses innombrables rivières, ses vallées et son soleil, ne peut pas produire de fourrages et va demander è tout ce qui l’environne des chevaux , des boeufs, des moutons, des laines, des crins, des cuirs, etc. , etc. , etc.
Telle est notre infériorité pour la production des matières animales (1), que nous n’essayons même plus de lutter avec
(i) La cherté des matières animales vient de la cherté des fourrages à l'aide desquels elles sont produites; industriellement parlant, la viande, c’est de l’herbe avec un degré de préparation de plus : or, la cherté des fourrages vient de leur rareté ; en Allemagne, les prés sont aux terres arables dans la proportion de i à 3 ; en France , elles sont dans la proportion de i à 7 . Comment veut-on que nous luttions dans des conditions aussi désavant ageusesi* Il faudrait changer les proportions pour rétablir uue espèce d’équilibre.
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