‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 51 sur 117 · DE LA VAINE PATIRE · texte numérisé non relu

DE LA VAINE PATIRE

On pourrait énumérer bien des manières injustes de faire changer de n^ain à la propriété ; mais, en tout état de cause, il vaut encore mieux la transférer que de la détruire, la spoliation est préférable à l’anéantissement ; voilà pourquoi le vol n’est puni que de la réclusion ou des travaux forcés , tandis que l’incendie entraînait la peine de mort.

La loi admet, comme clôture exemptant de la vaine pâture, un fossé de quatre pieds de large et d’une profondeur proportionnée. Si l’on ajoute aux quatre pieds du fossé les quatre autres pieds que les déblais occupent sur le bord , on trouvera que huit pieds de terre arable sont anéantis par la clôture; et comme elle doit être double, c’est-à-dire enclore le champ des deux côtés , elle occupe une largeur de seize pieds sur toute l’étendue de la pièce. Si celte pièce n’avait, comme il arrive trop fréquemment, que vingt pieds de large, il reste vers le milieu quatre pieds qu’on peut labourer, après qu’on a défalqué aux deux bouts la largeur du même fossé qui doit environner le tout.

La vaine pâture entraîne, dans l’application, des inconvéniens sans nombre ; en voici quelques-uns : 1° elle pousse à la dispersion et à l’enchevêtrement des propriétés ; le petit propriétaire se ménage avec soin des enclaves chez son voisin , afin d’avoir le droit de conduire sur lui son bétail.

2° Il n’y a pas moyen de changer les assolemens et d’interdire une rotation de récoltes dans les pays où on laisse reposer les terres. A quoi servirait de semer des prairies artificielles, lorsque d’immenses troupeaux parcourent sans berger les jachères? Un arpent de trèfle mettrait son propriétaire en hostilité avec la totalité de sa commune.

3" En favorisant la jachère, elle diminue le nombre des journées de travail et détruit, par conséquent, des moyens d’existence de la classe ouvrière.

4° Sur les bords des rivières, de laSaône,par exemple, où d’admirables prairies n’altcndent que des soins pour donner par an deux ou trois récoltes, tout est livré au pacage aussitôt

DC DÉFlUOiKMENT DE.S BOIS.

après la rentrée des foins, de sorte qu’il est impossible au\ propriétaires de récolter des regains sur leurs propres prés. Que l’on s’étonne ensuite de la cberté du bétail et des 60,000,000 de matières animales que la France est forcée tous les ans de demander aux étrangers ! Ce n’est sûrement pas notre climat ou notre sol qui nous y oblige. Le territoire de la France ne se refuse à aucun genre de production; mais comment éleverait-on des animaux sans fourrage?

Croit-on que ce système ait des résultats bien avantageux pour le pauvre? Ce qu’il y gagne de plus clair, c’est que le haut prix de la viande ne lui permet pas de s'en procurer; tandis que ses troupeaux affamés vont maigrir et sécher sur les terres nues de ses voisins, il se nourrit, lui, de céréales ou de pommes de terre, nourritur» insuHisante qui le met hors d’état de supporter de grands travaux et qui avance pour lui le temps de la faiblesse et de la décrépitude.

§ III. Du déjricktment des bois.

Si les propriétaires des bois étaient libres d’en disposer à leur gré, la plupart les défricheraient et ils en tireraient ainsi une rente très supérieure à leurs revenus actuels: ainsi, ce n’est pas dans l’intérêt des propriétaires que le défrichement des buis est interdit: est-ce dans l’intérêt des tiers?

On fait valoir ordinairement la nécessité pour les classes pauvres d’avoir des moyens de chauffage à un taux modéré ; ou dirait, à entendre les adversaires du défrichement: 1“ que le pauvre ne peut se chauffer qu’avec du bois; 2° qu’il n’a besoin que d’être chauffé et que les vêtemens , la nourriture, et le travail, sont pour lui des questions secondaires. Cependant le chauffage, même en hiver, n’est pas la partie la plus coûteuse de son mince budget ; il manque quelquefois d’alimens ou d’autres objets de première nécessité. Ces objets , il les aurait à meilleur prix , si tous les terrains étaient libres de les fournir. Un hectare de bois peut chauf-

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