DE I.A CONCURRENCE ET DU MONOPOLE
blir ses douanes , puis elle les attaque en détail avec l’arme de la contrebande , arme immorale et subversive, puisqu’elle pousse à la violation de la loi, mais dont les résultats fâcheux sont tout à la charge du peuple partisan du monopole ; c’est sa population qui se démoralise ; ce sont ses sujets qui se chargent de l’introduction prohibée et du recel des objets défendus. La contrebande a jeté dans la plupart des pays civilisés de profondes racines; son organisation est si régulière qu’elle forme compagnie d’assurances. Un contrebandier, moyennant une prime , prend à sa charge les risques du trajet et, si la marchandise est confisquée entre ses mai ns, il vous en rembourse la valeur. Les tarifs de ces bizarres compagnies sont parfaitement connus, et peut-être y a-t-il lieu de s’étonner que les gouvernemens n’y aient pas vu matière à des réflexions sérieuses.
Voici un cas qui se présente fréquemment. Supposons que la prime perçue par la contrebande pour le transport et l'assurance d’un objet soit de 25 p. % » le gouvernement (1) connaît ce tarif et il ne peut douter qu’on ne s’en serve souvent; car il voit ses états inondés de la marchandise prohibée. Les ouvriers du pays ne laissent pas d’y gagner quelque chose ; c’est une surcharge de 25 p. % imposée à leurs concurrens, surcharge qui, en quelques mains qu’elle passe , doit influer sur la production ; mais enfin cette prime est le seul résultat positif de la prohibition. Hé bien ! comment concevoir que le gouvernement , ayant reconnu l’impossibilité d’arriver à autre chose , n’imagine pas au moins de s’approprier cette prime? qu’au lieu de prohiber il frappe d’un droit d’entrée équivalant à la prime de la contrebande , il s’approprie à l’instant les bénéfices des contrebandiers et , sans qu’il y ait aucun changement de régime pour ses ouvriers, il fait entrer
(i) Il serait facile de citer des noms et des chiffres; mais nous devons nous niainteuir dans l’examen des llicories. Nous ne gagnerions rien à désigner tel royani|ie ou telle marchandise de préférence à tout antre.