DES DOUANES ET DE LA CONTJIEBANDE
juste valeur les plaintes continuelles auxquelles il donne lieu, et pour distinguer où finit l’utilité et où commence le fantastique.
Les objets de première nécessité doivent toujours être fournis par des nationaux; en temps de guerre, par exemple, les étrangers peuvent rompre avec un état toute relation commerciale. S’il s’est accoutumé à tirer d’eux les choses dont il ne peut se passer, comment vivra-t-il en attendant le retour de la paix? On ne doit jamais disputer aux étrangers les fournitures des matières qui ne sont pas indispensables et qu’en tout état de cause ils peuvent fournir ù meilleur marché. Il serait insensé sans doute de vouloir produire, en France, du thé, du poivre ou de la canelle : ces plantes n’y végéteraient qu’en serre-chaude , avec des soins et des dépenses centuples de celles qu’elles exigent aux colonies, où le ciel des tropiques présente une serre permanente et chauffée par le soleil.
Mais il y a des industries qui n’existent pas dans un pays et qui peuvent y prospérer pourtant , si on leur donne seulement le temps de s’y constituer. Dans ce cas, les gouvernemens ne doivent pas hésiter à protéger les industries naissantes contre la concurrence d’industries plus avancées qui les écraseraient par leur force acquise. C’est le même principe qui fait qu’on place les pépinières hors de la portée des arbres élevés qui les étoufferaient de leur ombre. Ce n’est pas leur infériorité, c’est leur jeunesse qu’on protège, et l’appui qu’on leur prête n’est que temporaire, puisque les arbres doivent grandir et se mettre un jour en état de se défndre seuls.
Tantêt, enfin , le monopole a pour but d’assurer à une certaine partie des nationaux la production ou le commerce de certaines marchandises. Ce monopole est presque toujours mauvais. Quelques portefaix d’Avignon , par exemple, peuvent seuls débarquer les ballots des bateaux à vapeur. Qu’en résulte-t-il? Qu’ils taxent arbitrairement leurs irans-
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ports et que les voyageurs doivent se laisser rançonner par eux , ou abandonner tous leurs paquets sur le pont du bateau. Il est difficile d'assigner une cause raisonnable à cette exaction et l’on ne voit pas ce qu’y perdrait la fortune publique, si chacun pouvait faire transporter ses ballots comnio il l’eptend. Les portefaix privilégiés verraient diminuer leurs bénéfices qui sont exorbitans; mais d’autres nationaux feraient à meilleur marché le niême service , dont ils sont privés aujourd’hui. Ah uuo disce omnes; voilà l'historique de tous les monopoles qui protègent des nationaux contre d’autres nationaux.
Il y a des cas exceptionnels : telles étaient , par exemple, les compagnies des Indes ; mais ceci nous emmènerait trop loin de la misère. Résumons :
Le monopole est toujours une dépense pour le pays ; mais cette dépendance peut être productive. Elle est productive, lorsqu’elle développe une industrie qui peut prospérer plus tard; le pays achète alors au prix de sacrifices présens sa fortune à venir. Elle est productive encore , lorsqu’elle conserve des sources de production qui, bien que coûteuses pour le moment, peuvent devenir indispensables dans quelques circonstances données. C’est une espèce d’assurance sur la vie ; le pays paie annuellement pour être mis à l’abri de toute privation , si un évènement déterminé se présente.
Mais le monopole est une charge sans compensation, lorsqu’il protège une industrie qui n’a pas d’avenir et qui ne peut prospérer dans le pays; i( est une charge sans compensation, lorsqu’il protège la production d’objets qui ne peuvent être indispensables, et surtout quand il n’a pour but que de favoriser certains nationaux aux dépens d’autres nationaux,
On doit classer aussi parmi les monopoles ruineux , ceux qui prennent pour prétexte la nécessité d’assurer du travail aux ouvriers du pays. Chacun comprend que c’est là une taxe des pauvres assez médiocrement déguisée.
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L’àme ordinaire du monopole en matière de marchandise, c’est la douane qui interdit l’entrée ou lu frappe de droits plus ou moins élevés. Considérée sous le rapport des revenus qu’elle rend au trésor, la douane est le plus mauvais de tous les impôts, puisque c’est celui qui supporte le plus de frais proportionnels. Cependant , il faut des douanes ; mais plus on multiplie les objets de leur surveillance, plus on augmente la dépense des employés.
On croit, en multipliant outre mesure les prohibitions de marchandises étrangères , favoriser d’autant la production nationale. C’est une erreur. On la déplace seulement et on la déplace avec perte. Le peuple dont on repousse les produits use de représailles et ferme aussi ses frontières aux provenances du pays qui lui a fermé les siennes.
Exemple : Un pays méridional refuse sans nécessité d’admettre plusieurs étoffes qui se fabriquent dans le nord et, par manière de compensation , les septentrionaux rejettent les vins et les spiritueux du pays méridional. Qu’en résultet-il pour celui-ci? Ses fabricans d’étoffes 'ont un peu plus d’ouvrage, et ses fabricans de vins en ont beaucoup moins. Il n’üto donc pas de l’ouvrage aux manufacturiers du nord pour le donner aux manufacturiers du midi ; il en ôte à ses propres fabricans de vins , pour le donner à ses fabricans d’étoffes. En masse, la nation n’y gagne rien; les consommateurs y perdent, et il ne vaut pas la peiu§ de grever le budget pour, accomplir une opération qui, de quelque côté qu’on la considère , se résout en une perte sèche.
La concurrence n’accepte pas toujours les entraves que le monopole veut lui opposer ; on a vu des guerres nombreuses entreprises pour obtenir des traités de commerce et pour forcer les barrières opposées à l’introduction de certains produits.
Lorsque le monopole a derrière lui des intérêts trop nombreux et une nation trop puissante , la concurrence n’entreprend pas de les renverser par les armes; elle lui laisse étai