CHAPITRE IL
Du gaspillage par la violence d’autrui : de la guerre; des impôts; de la conscriptiou ; du brigaudage.
§ 1'^. De la guerre.
Il y a des guerres justes et nécessaires dont le but est de maintenir l’honneur du pays ou l’intégrité du territoire. Quelques sacrifices que puissent exiger de telles guerres, nul n’est en droit de les regretter. Que l’on fasse abstraction de tous les sentimens généreux et nationaux pour ne s’attacher qu’au calcul , et l’on trouvera encore que les sommes consacrées à la défense du pays sont de l’argent utilement placé, puisque, dans le cas de conquête, ces mêmes sommes deviennent la proie du vainqueur qui ne manque pas en outre de s’emparer de tout le reste.
Mais les guerres sont souvent entreprises dans un tout autre intérêt que celui du pays : des souverains qui veulent s’illustrer par les armes lèvent une armée et font ravager deux pays pour orner leur tête de quelques lauriers (1).
Certains états ont possédé de nombreuses familles dont la guerre était l’état normal et qui se croyaient en souffrance toutes les fois qu’elles ne sc battaient pas (2); on embarquait l’état dans des guerres interminables pour donner à ces familles une occasion de satisfaire leur ardeur belliqueuse.
Enfin, quand les passions d’un peuple sont en fermentation, quand son activité se trouve surexcitée par quelques cir-
(i) Exemple : Charles XII de Suède. Invasion de l’Ilalie par les Français , etc. , etc., etc.
(a) Tel est aujourd’hui l’état de la Russie. Le vieux parti moscovite veut la giieiTe et la veut par nécessite; il la fera faire par tous ses empereurs, attendu qu’il tient l’épée de Damoelès suspendue sur leur tète , sous la forme d’une écharpe soutenue par deux chambellans.
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DE LA GüEBRE-
constances, on porte la guerre chez ses voisins pour détourner ralleiUion publique et donner un autre cours au niouveluent qui travaille la nation (1); quiconque possède quelques notions d’équité et de justice ne saurait approuver toutes ces causes de guerre et, si l’on songe aux effroyables calamités qui eu sont la suite, il est difficile de ne pas juger sévèrement leurs fauteurs.
La mort des combattans n’est que le moindre des maux qu’entraîne la guerre. On dit souvent quelle dépeuple les états et le fait est certain ; mais ce n’est pas par suite du vide que les combats laissent dans les rangs des armées ; les maladies contagieuses emportent incomparablement plus de monde que les plus sanglantes batailles, et l’on n’a jamais entendu dire qu’un peuple ait été détruit par suite d’une épidémie : on a remarqué que ces maladies sont suivies d’uue large augmentation dans le nombre des naissances , et les pertes que les peuples ont éprouvées sont réparées en peu de temps. Pourquoi n’en est-il pas de même en cas de guerre ?
C’est que la guerre, en moissonnant les soldats, a emporté aussi les ressources de la nation. Des capitaux immenses sont dépensés en armemens , approvisionnemens et travaux de défense et , tandis que la consommation des richesses du pays augmente , leur production diminue par l’interruption des relations commerciales : l’épidémie n’emporte que les hommes déjà créés; la guerre détruit aussi les ressources qui devaient donner la vie à une génération nouvelle.
Pourquoi le nombre des naissances s’élève-t-il après une épidémie ? Parce que la place des morts demeure vacante et présente à leurs successeurs les mêmes profits et les mêmes avantages : la vacance d’un grand nombre de positions pousse au mariage une foule de gens qui devaient rester célibataires et la nation regagne en quelques années le
(i) L’iiistoire de la république romaine en offre des exemples sans nombre.