‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 66 sur 117 · Î)E IA GUERRE · texte numérisé non relu

Î)E IA GUERRE

nombre que la maladie lui avait fait perdre ; mais la guerre détruit non-seulement l’homme, mais encore la position qui le nourrissait : qu’on me permette d’emprunter une comparaison au règne végétal. Si l’on enlève d’un taillis quelques brins , sans diminuer la fécondité de la terre, leur place est aussitôt couverte par de nombreux rejets : mais, si l’on appauvrit le sol qui les nourrissait, si on disperse la terre végétale, il ne repoussera plus de bois et le terrain demeurera stérile. Il en est de l’homme comme du végétal : l’épidémie le coupe à la cognée, sans altérer la force productive du terrain qui le remplace aussitôt. La guerre l’enlève avec toute sa racine et toute la terre qui se trouvait à l’entourj

On a vu des guerres entreprises dans un but de pure spéculation. Les dépouilles des vaincus étaient partagées d’avance par un acte authentique. Les droits du moindre soldat étaient réglés et définis avec une précision qui ferait honneur aux plus habiles notaires de nos jours. L’armée formait une véritable société commerciale et les dividendes se distribuaient avec une régularité parfaite. En cas d’échec, elle suspendait ses paiemens ; en cas de défaite , elle faisait banqueroute; mais tant qu’elle réalisait des profits, c’est-àdire tant qu'elle pillait beaucoup, les parts établies par l’acte de société étaient touchées par les ayant-droit comme les revenus d’une terre ou d’une propriété bâtie.

Telle était l’organisation des anciennes armées septentrionales et en particulier de plusieurs armées anglaises qui envahirent le continent.

Rien n’est plus curieux que les réglemens de ces associations de pillards ; ils gouvernaient avec une probité parfaite des entreprises dont le but avoué était le brigandage.

Aujourd’hui , l’on a retourné les idées ; nous voyons souvent des associations commerciales dont le but avoué est parfaitement louable et probe, mais dont l’intérieur offre des scènes de pillage que les Gotbs et les Danois n’auraient pas désavouées.

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