A DES LOIS SLR LES CÉRÉALES
habituellement dans un état, on accoutume cet état a ne plus produire ses blés lui-même, mais à les aller prendre ailleurs ; or, si les étranfjers ne pouvaient plus ou ne voulaient plus lui fournir de céréales, par suite de quelques cas de guerre ou de disette, il se trouverait privé de l’aliment indispensable sur lequel repose principalement la nourriture des classes pauvres; il résulterait de là une famine et des malheurs que l’on prévient, en le forçant de conserver l’habitude de produire lui-même les céréales qu’il consomme.
Il y aurait beaucoup à dire contre ces deux systèmes qui ont pourtant l’un et l’autre quelque chose de vrai , en ce sens que, dans certains cas, il est bon de gêner l’exportation et, dans d’autres, il convient de ne pas permettre une importation illimitée. Nous nous bornerons à poser, de la manière la plus succincte, quelques principes généraux.
En matière de commerce de grains, l’abus consiste à trop généraliser et à ériger en système permanent ce qui doit pouvoir être modifié suivant les circonstances. Quand les récoltes ont manqué et que le prix des grains s'élève, nul doute qu’il ne faille en aller prendre là où ils sont abondans et à bas prix; lorsque le prix des grains s’abaisse avec excès, il est nécessaire de permettre l’exportation, si l’on ne veut pas décourager et ruiner les producteurs : il ne faut pas qu’on dise que, le grain étant la nourriture du pauvre, il ne peut pas être à trop bon marché. Si l’on pouvait en diminuer la valeur d’une manière permanente, sans en diminuer la production , il y aurait avantage à le faire ; mais si on écrase les prix pendant une année ou deux, le propriétaire et le fermier s’adonneront à d’autres cultures, et le grain, pour avoir été trop abondant et trop bon marché pendant quelques années, deviendra trop rare et trop cher pendant les années qui suivront; on aura acheté un bien-être passager au prix d’une famine et de tous les désastres qu’elle entratne ordinairement à la suite.
BFS LOIS SIR LKR CRRÉALFS.
La condition la plus avantageuse pour un étal est de pouvoir produire le grain à assez bas prix pour en exporter dans les années ordinaires une certaine quantité au dehors. Lorsque les prix s’élèvent dans ces provinces, l’exportation cesse d’elle-méme, puisqu’il y a pour les négocians avantage à le vendre sur place. La portion de grains annuellement exportée à l’étranger équivaut donc pour le pays qui la produit à une réserve qu’il est toujours maître de conserver pour son propre usage, si les circonstances l'exigent.
Ce serait du reste une erreur de croire que les grains doivent être nécessairement la base de la nourriture du pauvre; il n’y a nul doute qu’il ne puisse être nourri plus solidement, plus sainement et plus agréablement avec de la viande accompagnée de légumes et de farineux , parmi lesquels le grain peut figurer pour une portion ; cette alimentation aurait le défaut d’être plus chère; mais comme elle serait plus substantielle, elle permettrait à l’ouvrier de supporter de plus grands travaux et de gagner par conséquent plus d’argent pour se la procurer. C’est ainsi que les choses se passent en Angleterre , où l’ouvrier fournit plus de travail que l’ouvrier français; celui-ci se trouve constitué vis-à-vIs de son voisin dans une espèce d’infériorité qui tient du reste à des causes complètement accidentelles. Le Français peut fournir un travail égal, si on lui donne la même nourriture; le fait a été prouvé, dit-on, par des expériences décisives.
Comme, dans la plupart des contrées européennes, nulle industrie n’intéresse la masse des habithns à un aussi haut degré que la production des céréales , aucune autre n’a donné lieu à une attention aussi suivie et aussi exaltée par fois. Il s’est établi divers préjugés populaires qui gênent souvent l’agriculture et amènent de temps à autre des attentats à la propriété ; la haine la plus absurde s’est souvent attachée aux propriétaires qui faisaient faucher leurs blés en vert , ou qui les retournaient avec la charrue pour engraisser le terrain; des hommes ignorans ou malveillans persuadaient