‹ De la misère, de ses causes, de ses effets, de ses remèdes par d'EsternoChapitre 93 sur 117 · DES LOIS SUB LES CÉRÉALES · texte numérisé non relu

DES LOIS SUB LES CÉRÉALES

au peuple que c’était pour l’aframer qu’on semait le grain et qu’on détruisait la récolte.

Il serait trop long d’énumérer toutes les erreurs qui ont souvent égaré l’iipinion publique en matière d’agriculture; nous examinerons seulement la plus ancienne et la plus répandue d’entre elles , celle qui a rapport aux accapareurs.

Aux époques où le grain est à bas prix, des capitalistes qui possèdent de vastes greniers achètent les blés , les conservent et les revendent avec bénéfice, lorsque le prix s’est élevé. La même spéculation s’exécute sur toutes les autres marchandises; le commerce ne consiste qu’à acheter une denrée au meilleur prix possible et à la revendre plus cher dans un autre lieu ou dans un autre temps ; il n’existe pas la plus légère différence entre le commerce des blés et celui des vins ou des bois. Le négociant qui achète des blés pour les conserver et les revendre plus tard rend un service signalé tant aux producteurs qu’aux consommateurs de grains; quandles prixbaissent, il achète etles relève; quand ils haussent, il vend et les fait parla redescendre : il sert donc, pour ainsi dire, de balancier au prix des céréales, il empêche les baisses et les hausses exagérées ; il maintient, autant qu’il est en lui, les prix à un niveau peu variable. Ses greniers remplis au moment de l’abondance se vident au moment de la disette. Que pourrait faire autre chose un philantrope mu par le désir d’être utile à l’humanité? Il pourraitvendre au-dessous du prix de l’acquisition et par là soulager la misère, en lui distribuant son propre avoir ; mais n’est-ce pas une immense injustice que de s’en prendre de la disette à celui qui la diminue, que de le considérer comme un ennemi du public, uniquement parce qu’il ne veut pas joindre le sacrifice de sa fortune aux autres services qu’il lui rend?

Que font les souverains absolus, mais bien intentionnés, pour prévenir la disette dans les pays où le commerce n’existe pas? Dès qu’ils la pressentent, ils achètent des blés, lorsqu’ils sont encore à bon marché et ils les revendent lors-

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que leur rareté en a fait monter le prix ; or, que font autre chose ceux qu’on appelle accapareurs? Comment se fait-il que les peuples environnent de leur reconnaissance l’administration bienfaisante qui les approvisionne, et de leur haine le spéculateur intelligent qui, fait précisément la même chose?

C’est que quand l’homme soufl're , il lui est dur de n’avoir personne à qui s’en prendre de sa souffrance et qu’il accueille alors volontiers toute accusation vraie ou fausse; c’est que l’accusation est encore plus facilement admise, lorsqu’elle tombe sur un voisin opulent qui possède en abondance l’objet qui manque aux misérables, attendu qu’une arrière-pensée de pillage se glisse aisément dans l’ànie de l’homme quia faim. C’est que, dans des circonstances de triste mémoire, on a vu des hommes éclairés semer, pour des raisons à eux connues, dans les classes les plus ignorantes, la labié absurde des accapareurs, à laquelle ils ne croyaient pas.

L’accapareur, tel qu’il existe, est un négociant qui trafique sur les blés dans la vue de s’enrichir et il ne peut le faire qu’en rendant un service immense au pays. L’accapareur, tel que le conçoivent encore aujourd’hui quelques cervelles mal organisées, est une espèce de monstre malfaisant qui emploie toute sa fortune à entraver la circulation des blés: et pourquoi faire ? pour affamer le peuple : ces faits étant une fois admis, rien de plus équitable que de le mettre en pièces et de piller ses magasins ; rien de plus profitable non plus et la perspective d’une aussi désirable conclusion a souvent engagé les masses à fermer les yeux sur l’absurdité des raisonnemens qui y conduisaient.

Toute atteinte portée à la liberté des négocians est une cause infaillible de renchérissement des denrées; les violences exercées sur quelques marchés pour forcer la vente des grains n’ontjamais manqué d’en élever le prix: l’exemple invariable du passé doit servir d’avertissement aux peuples et à leurs chefs et leur apprendre que c’est par le respect de la

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propriété et la concession d’une liberté juste et réglée qu’on attire à soi les bienfaits du commerce toujours prêt à se retirer devant la persécution.

Le commerce des grains ne diffère en rien de tout autre , si ce n’est en ce que portant sur un objet de première nécessité, on doit maintenir à son égard, avec un redoublement de soin, le système de protection légale et de stricte probité sans lequel il ne peut exister.

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