‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 1 sur 314 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

l'extrême misère est une rechute en sauvagerie. — vagabondage et mendicité.

Devrons-nous craindre maintenant d'être accusé d'exagération si nous assurons que l'extrême misère rejette les populations qu'elle frappe dans la vie sauvage, et qu'elle est par conséquent incompatible avec les progrès de la civilisation et même avec son existence ?

Les classes inférieures dont nous venons d'étudier la condition physique et la condition morale, sont peu à peu repoussées des usages et des lois de la vie civilisée , et ramenées à travers les souffrances et les privations de la misère dans l'élat de barbarie. Le paupérisme équivaut à une véritable interdiction sociale : les misérables ressemblent à ces bandes saxonnes qui, pour échapper au joug de la conquête normande, allèrent cacher sous les arbres des forêts leur nomade indépendance ; ce sont des hommes en dehors de la société , en dehors de la loi, des outlaws , et c'est de leurs rangs que sortent presque tous les criminels. Une fois que la misère s'est appesantie sur un homme , elle le déprime peu à peu , dégrade son caractère , lui enlève les uns après les autres tous les bienfaits de la vie civilisée, et lui impose les vices de l'esclave et du barbare.

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