LIVRE III
une cause directe de misère et d'abrutissement pour ie travailleur. La division du travail, telle que nous la voyons opérée dans la grande industrie , a pour conséquence immédiate dé réduire l'action de l'ouvrier à celle d'une machine, et de déprécier, de matérialiser le travail. Dans un atelier où les fonctions sont très-divisées , l'ouvrier ne vaut guère que par la force physique qu'il produit , ou tout au plus par l'adresse de l'habitude , qui consiste , comme nous l'avons dit déjà , à faire le plus de mouvements possible dans un temps donné. A mesure que le travail devient plus mécanique, qu'il exige moins d'apprentissage, moins d'intelligence, il est à la fois moins rétribué et plus précaire. C'est alors que commence entre les travailleurs cette désastreuse concurrence dont nous avons exposé les effets, pour des fonctions que tous peuvent exécuter également; c'est alors que les êtres faibles, les travailleurs imparfaits, comme les enfants et les femmes, remplissent à moindres frais les fonctions de l'industrie. L'industrie du coton , là plus perfectionnée et en même temps la plus pauvre, nous a fourni une multitude de faits qui confirment les vérités générales que nous exposons en ce moment. L'histoire des progrès de l'industrie du coton est l'histoire des progrès de la misère ; à chacune des miraculeuses découvertes appliquées à la filature ou au tissage, les classes laborieuses ont descendu d'un degré l'échelle de la misère. L'extrême division du travail dispute à la fois à l'ouvrier son intelligence et son pain : les recherches de John Marshall (1) constatent que dans les manufactures de coton le prix de la main-d'œuvre a baissé depuis 1814 dans la proportion de 12 à 1 .
Avec l'extrême division des fonctions , le travail devient une corvée de manœuvre ; ce n'est plus une occupation : il n'y a plus de métiers, mais seulement un labeur physique plus digne d'une bête que d'un homme. Le travailleur ne peut plus se complaire à son œuvre; il ne la voit pas naître sous ses doigts ; il fatigue sans cesse, il ne crée rien. Je me rappelle avoir vu à Birmingham une fabrique de lustres et de cristaux où là division du travail était poussée à la plus grande perfection. Les mille pièces dont se composent les objets de la fabrique ne
(1) Revue Britannique , juin 1833.