LIVRE II
peuple tel que celui-ci, depuis le déluge; un peuple où Ton s'accouple à la hâte sans affection , où chacun vit pour les sens ; une société sans les sentiments qui font une société, où les hommes sont accomplis en perversité, les femmes en impudeur, les enfants en effronterie... Les sauvages nus qui parcouraient ces forêts infinies ne connaissaient pas de plus grande monstruositéque le cannibalisme , les Anglais leur ont enseigné de plus grandes horreurs : bannir celte peste de la surface de la terre importe à tout le genre humain. » — Le rapport du comité d'émigration fait au parlement en 1858 nous apprend qu'à la Nouvelle-Galles du sud il y eut, en 1835, 22,000 condamnations correctionnelles {summary), quoique le nombre des convicls ne fût que de 25,000 ! Mais , de toutes les colonies pénales, celle de Norfolk est la pire. « Elle est aussi perverse ( nous citons encore Ullathorne) que les villes sur lesquelles Dieu a fait descendre le feu du ciel ; le langage de ses habitants est si corrompu qu'il présente sans cesse à l'imagination les objets les plus dégoûtants, si pervers que, dans le dialecte des prisonniers, le mal signifie littéralement le bien, le bien est appelé mal , l'homme qui a conservé de bons sentiments s'appelle un méchant , et le coryphée du vice un brave homme. »
« La vie de l'homme est devenue chose tellement indifférente , dit le rapport du comité d'émigration , que des assassinats ont été commis de sang-froid ; le meurtrier déclara qu'il n'avait pas de haine contre sa victime , mais qu'il avait voulu seulement obtenir son transfert dans un autre lieu. On a vu la vie d'un homme mise au sort , et celui sur lequel le sort était tombé exécuter le crime ; ses camarades témoignaient que sa seule intention avait été d'être transféré à Sidney.» Assez d'horreurs comme cela, n'allons pas plus loin , la brute humaine est capable de tous les crimes, de toutes les infamies que peut enfanter l'imagination en délire.
La barbarie qui prend naissance au sein de la civilisation , menace l'existence des sociétés de périls plus redoutables et plus prochains qu'on ne le suppose. En Angleterre, les récentes enquêtes ont donné l'éveil au gouvernement, toutes ont terminé par ce refrain, que la société ne doit pas rester indifférente à la condition morale des classes inférieures. L'avis seral-il entendu, et la politique permettra-t-elle d'en profiter à