‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 116 sur 314 · LIVRE III · texte numérisé non relu

LIVRE III

cliester de îa condition hygiénique des ouvriers employés aux fabriques de colon. M. Storch , économiste éminent, parle ainsi de l'influence des manufactures sur la santé des ouvriers :

« La poussière du coton rend les hommes aveugles Lorsque

dans ma jeunesse je visitai les villes manufacturières de la France et de l'Angleterre , je fus frappé du nombre de figures hideuses et contrefaites que je rencontrais partout dans les rues comme dans les ateliers et dont je n'avais jamais rien vu de semblable dans ma patrie. » M. Storch est un économiste allemand , précepteur du grand-duc Nicolas, aujourd'hui empereur de Russie, et qui a écrit en très-mauvais français, comme on vient de le voir, d'excellentes choses sur les principales ques tions de l'économie politique. Nous avons vu que les quartiers de Londres habités par les ouvriers pauvres étaient un vaste hôpital de fiévreux. M. Villermé a observé chez la plupart des ouvriers des manufactures l'expression et les effets de l'ennui, cette maladie funeste qui tue l'âme et énerve le corps ; elle parut à ce médecin économiste le résultat « d'un travail borné à quelques mouvements qui se répètent avec une accablante uniformité , dans V enceinte étroite d'une même salle. On m'a montré des malheureux, dit-il, dont l'état de langueur n'était attribué à aucune autre cause (1). » J'ai visité moimême à Manchester une manufacture de tissage à la main, où battaient dans une même salle plus de 400 métiers mécaniques, surveillés par des jeunes filles, qui toutes, malgré leurâge, annonçaient dans leurs mouvements et sur leurs traits les effets de l'ennui. Impossible de donner une idée de l'effroyable tapage au milieu duquel elles vivaient : ni le tonnerre, ni l'artillerie n'en approchent; c'est à ébranler toute la machine humaine et à hébéter l'intelligence. On me fit observer que ces malheureuses étaient habituées à un pareil genre de vie; mais une pareille habitude, si elle existe, ne peut s'acquérir qu'au prix de la mort intellectuelle et morale. J'affirme que je n'ai pas Tidée d'un supplice égal à celui d'être condamné à vivre de quatorze à seize heures par jour dans un pareil tapage.

(1) Rapport sur l'état physique et moral des ouvriers. — Mémoires de l'Académie des sciences morales et politiques; nouvelle série, t. h, p. 485.

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