LIVRE IV
le sort, les malheureux sans famille ou sans patrie , les étrangers voyageurs, les affranchis ou les fugitifs, réclamaient seuls les secours de la charité : l'aumône et l'hospitalité suffisaient à cette misère.
Mais ce genre de charité était plutôt un plaisir qu'un devoir, et il n'était guère besoin que le Christ vint promettre le ciel à ceux qui la pratiqueraient. La charité du christianisme n'est pas fondée sur la compassion ; ce n'est pas une vertu passive qui s'éveille seulement au spectacle des souffrances d'autrui; c'est une vertu active dont le principe est l'amour. Impuissante à soulager effectivement la misère , la charité chrétienne unie à l'intelligence aurait le pouvoir d'en supprimer ou d'en diminuer les causes. Ce but nouveau est le seul qui soit digne aujourd'hui de ses efforts. Que ses pieuses mains ne se fatiguent plus inutilement à essuyer des larmes, mais qu'elles travaillent désormais à en tarir la source ! Une grande portion des sociétés actuelles est atteinte ou menacée par la misère : donnons à ceux qui la subissent les moyens de s'en affranchir, sauvons ceux qu'elle menace , et nous aurons accompli dans toute son étendue le précepte de l'Évangile ! Il ne suffit pas de connaître les remèdes de la misère, il faut vouloir les appliquer : c'est à la charité qu'il appartient de briser notre égoïsme, de dompter nos volontés rebelles et de rétablir enfin la concorde entre nos intérêts individuels et l'intérêt de la communauté tout entière!