‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 192 sur 314 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

somme aussi forte que les villes de Rouen et de Lyon. La caisse de Versailles est portée pour 3,412,955 fr. , celle de Rouen pour 5,797,877 fr. , la ville de Lyon pour 3,766,441 fr., Amiens pour 2,015,596 fr. , Rheims pour 708,897 fr. Ces chiffres en disent assez , je pense , et il n'est pas besoin de les commenter.

Les sommes versées aux caisses d'épargne , en Angleterre comme en France, ne doivent donc être considérées que comme des réserves pour la consommation. Les deux tiers des dépôts sont ordinairement retirés dans la même année, et fréquemment les remboursements balancent et même surpassent les dépôts. Depuis que la France est agitée par des bruits de guerre, îes demandes de remboursement surpassent de beaucoup le total des sommes versées.

Avec les dispositions les plus favorables pour les caisses d'épargne , il est impossible de voir dans ces institutions des moyens efficaces de prévenir ou même de soulager la misère. Les hommes qui exagèrent leur action bienfaisante se font illusion à eux-mêmes , et abusent dangereusement l'opinion publique : si Ton regarde les caisses d'épargne comme un remède suffisant pour guérir les classes laborieuses de la misère, on se croira dispensé de trouver mieux , et Ton refusera même d'écouter ceux qui réclament davantage.

Les caisses d'épargne n'améliorent en rien la condition économique des classes laborieuses , car elles n'agissent pas sur les causes directes de la misère : le seul bien qu'elles produisent, c'est de donner à un certain nombre d'individus l'habitude de l'épargne ; mais les avantages qu'elles offrent ne sont pas assez grands, et surtout ils ne s'étendent pas assez loin dans l'avenir, pour enseigner la prévoyance au peuple : le système des annuités combiné avec les caisses d'épargne, comme en Angleterre, compléterait avantageusement cette institution trop vantée, selon nous , et qui ne sera, nous l'espérons, qu'un essai provisoire en attendant mieux.

La plus grande objection à ceux qui voient dans les caisses d'épargne un moyen capable de soulager et même de réprimer la misère, c'est que les sommes versées dans ces établissements sont forcément destinées à la consommation ou à un autre usage qui ne prorite ni ù la société, ni à la classe laborieuse. Les caisses d'épargne ne sont pas un placement, mais un dépôt

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