‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 240 sur 314 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

Est-il impossible d'élargir assez ïes entreprises industrielles pour donner aux ouvriers intelligents, laborieux, économes, le moyen d'y entrer à litre d'associés? Les économies du travail, garanties par la société, ne seraient-elles pas mieux placées dans la caisse des industries productives que dans les dépôts qu'elles écrasent de leur stérilité? Si l'industrie se refuse à tenter de pareilles réformes, c'est aux gouvernements qu'il appartient de provoquer les essais et de faire pour le compte de tous les expériences nécessaires.

Mais tous les moyens de réforme industrielle que nous ve nons d'indiquer ne sont que des moyens secondaires ; ce n'est pas en surveillant et réglementant la propriété industrielle ou agricole que l'on exercera une influence décisive sur l'économie publique; cette influence réparatrice que nous appelons de tous nos vœux ne peut être produite que par un bon système d'impôts, et surtout par une législation bien intentionnée et intelligente sur la transmission de la propriété.

Avant d'aborder ce sujet, nous répondrons à l'objection principale de ceux qui prétendent que l'industrie n'est pas possible sans une entière liberté, ce qui veut dire une entière licence. Sans doute de sages règlements appliqués à la propriété gêneraient et peut-être même anéantiraient quelques genres d'industrie, mais les industries qui succomberaient seraient celles qui ne peuvent vivre et prospérer qu'aux dépens des nations, ainsi que nous le démontrerons plus loin. Les industries réelles, nécessaires et bienfaisantes, ne s'en porteraient que mieux si elles étaient sagement réglées. En effet, qu'est-ce que l'industrie? C'est le travail appliqué en grand à la production. Or, quel plus vaste et plus sûr débouché pour la production qu'un peuple comme le nôtre, de trente-quatre millions d'habitants , si le progrès du bien-être général permettait à la majorité de cette population de consommer les produits de l'industrie? Améliorer la condition physique et morale d'un peuple, c'est donc favoriser l'industrie nationale, à moins que l'on ne prétende que le luxe , le faste et la consommation étrangère sont les seuls débouchés du travail d'un peuple. Les nations industrielles vont à grand'peine et à grands frais chercher de l'autre côté des mers des consommateurs d'objets de luxe , dont il faut étudier le goût et les caprices, lorsqu'elles ont dans leur

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