LIVRE IV
se gardent bien d'imiter nos fautes, et en échange des leçons qu'ils reçoivent de nous , ils nous en donnent d'autres dont nous devrions bien profiter à notre tour. La Russie introduit dans sa législation industrielle le principe de la solidarité du capital et du travail : à tout entrepreneur qui monte une usine on demande d'avance combien d'ouvriers il veut employer , et on exige de lui qu'il établisse à côté de ses ateliers une infirmerie d'un nombre de lits en proportion de celui des ouvriers qu'il se propose d'occuper.
Mais ce que la loi doit favoriser surtout, c'est l'association et la réunion des deux éléments de la production- Nous avons vu que les caisses d'épargne ne sont que des réserves pour la consommation , et qu'elles ne sont point instituées dans l'intention de devenir pour le travailleur un moyen d'affranchissement. L'épargne ne profitera à l'ouvrier que du jour où elle améliorera réellement sa condition en lui créant un intérêt de propriété , comme elle fait pour les travailleurs de l'agriculture. La propriété industrielle n'est pas capable d'être possédée par parcelles isolées comme le sol, et cette nécessité pour l'industrie de vaste propriété unitaire, qui est une cause de mal aujourd'hui, pourrait devenir pour la société et surtout pour les travailleurs une source de grands avantages. Est-ii donc nécessaire de morceler , de hacher la propriété pour avoir le titre et les avantages de la propriété ? Et si les épargnes des travailleurs ne peuvent jamais conquérir la propriété totale des instruments de travail qu'ils dirigent, sont-ils pour cela exclus à jamais des honneurs et des profits de la propriété? Nous ne sommes plus au temps barbare où pour posséder il fallait tenir et presque détruire la chose : comme tout le reste, la propriété se transforme, se spiritualise pour ainsi dire , et nous savons fort bien partager les titres de la propriété sans en entamer l'unité; je regarde comme un grand avantage pour l'avenir la difficulté de plus en plus forte de concentrer la propriété industrielle dans les mains d'un seul individu. Déjà la grande propriété individuelle est entamée, et il ne faudrait pas faire beaucoup d'érudition pour démontrer que les propriétés industrielles les plus vastes, les plus productives, sont des propriétés collectives. Pourquoi ne pas favoriser le développement de ce caractère nouveau et éminemment social de l'industrie?