LIVRE IV
le travail et l'intelligence les fécondaient, les plus misérables el les plus tristes depuis que l'oisiveté insatiable des Ottomans les a frappés de stérilité ! Un pareil abus des choses n'est plus l'exercice d'un droit, mais un acte de spoliation.
Au fond , ce qu'on appelle la propriété n'est qu'un usufruit : « La terre est à moi , a dit le Dieu de Moïse , et vous êtes mes colons. » L'homme, après avoir vécu de la part du fonds de production qui lui est échue, doit transmettre cette part, intacte et même agrandie par son épargne ou son industrie, à la société qui ne meurt point.
Mais, si le propriétaire prévoyait qu'à sa mort la part du fonds de production dont il a vécu retournera directement à la société qui lui choisira un remplaçant , il serait à craindre qu'il n'eût pas un intérêt assez fort à la conservation et même à l'agrandissement de la propriété. On ne peut pas espérer que tous les hommes aient la conception et l'amour de l'intérêt public, et la durée de la société serait bien compromise si elle n'avait d'autre garantie que la vertu de ses membres. L'homme n'est pas seulement une intelligence , mais aussi une personne , un égoïsme pour ainsi dire , et le meilleur moyen d'assurer la prospérité publique , c'est d'y intéresser la force même qui y met le plus souvent obstacle, l'intérêt personnel ou l'égoïsme. La transmission de la propriété et de ses avantages par l'hérédité, atteint merveilleusement ce but.
Par l'hérédité, l'homme devient une image de la société, il ne meurt pas, il se continue, et jusqu'au dernier moment de son existence il travaille pour l'avenir, car il espère jouir par une portion de lui-même, par ses enfants, des produits qu'il aura réservés : l'hérédité unit les générations vivantes a l'avenir. Le droit d'hérédité est donc un droit éminemment social.
Mais comment et dans quelle mesure doit-il être exercé? Ce n'est pas plus un droit absolu que le droit de propriété luimême, mais un droit limité, garanti conditionnellement par la société.
La loi des peuples civilisés a reconnu successivement trois formes d'hérédité. D'abord elle laissait au propriétaire vivant, ou plutôt mourant, ia disposition absolue de la propriété après sa mort j et ainsi elle faisait dépendre la transmission, c'est-à-