CHAPITRE Vil
dire, la perpétuité du fonds de production, du caprice et de l'imbécillité d'un moribond : c'est la loi de droit romain , la loi qui consacre l'exercice absolu du droit de propriété, le droit d'user et d'abuser, jus utendiet abuîendi. — Une pareille loi est aussi barbare , aussi impie que celle qui donnait au chef de famille le droit de vie et de mort sur les enfants et les esclaves , ou plutôt c'est la même loi.
Plus tard , dans le droit féodal,, la loi entreprend de soustraire la transmission de la propriété au bon plaisir du propriétaire menacé d'être exproprié par la mort. Et la loi des fiefs , plus sociale que la loi romaine , choisit elle-même l'héritier, le successeur du propriétaire. La transmission de la propriété se trouve ainsi affranchie du caprice et des passions du propriétaire moribond et des intrigues de ceux qui convoitent l'héritage : c'est là assurément un progrès, et même un commencement de justice. Malheureusement l'hérédité par droit de primogéniture équivalait à interdire les droits de propriété à la majorité des citoyens, nécessairement partagés en un petit nombre de chefs de famille propriétaires , et une immense multitude de cadets déshérités. Le droit d'aînesse devenait ainsi une criante iniquité; il empêchait les prodigues, les débauchés, les oisifs et les imbéciles , de céder l'instrument du travail aux industrieux qui étaient seuls capables de l'utiliser, il frappait les nations d'immobilité et leur interdisait tout progrès : une pareille institution était donc un outrage à la nature humaine et à la Providence, car elle bannissait du monde la justice qui est le règne de Dieu sur la terre ; pour que la volonté de Dieu soit faite ici-bas, il faut que la paresse ait son châtiment et le travail sa récompense.
La révolution française a préparé l'accomplissement de la volonté divine; elle a commencé à exaucer, après deux mille ans, la prière dictée aux hommes par le Christ lui-même : « Pere, qui êtes aux deux , que votre volonté soit faite , que votre règne arrive! » L'égalité des enfants devant la loi d'héritage, le partage de la propriété dans la famille, ont rendu possible et préparé l'égalité dans l'État.
Mais, selon nous, l'œuvre de justice n'est pas achevée. Une faut pas oublier que l'hérédité n'est pas un droit absolu; en d'autres termes , le but de la loi n'est pas de confier exclusive-