CHAPITRE VIII
Test aujourd'hui, et un pouvoir intelligent, bien intentionné, trouverait facilement le moyen , sans avoir recours à un despotisme aussi ingénieux que celui du fisc actuel , de connaître la fortune réelle de chaque famille , la valeur positive de chaque héritage.
Mais un pareil système d'impôts, qui exigerait la publicité ou tout au moins la connaissance des fortunes privées par l'autorité sociale, ne serait-il pas la violation du secret des familles, la profanation du foyer domestique? Aux objections de cette nature nous ne savons pas de réponse, si ce n'est que, par une méprise bien déplorable , les gouvernements ne sont arrêtés par des scrupules en matière d'impôts que lorsqu'il s'agit d'être justes. Pour atteindre les denrées nécessaires à la consommation indispensable, l'impôt ne craint pas d'arrêter les voyageurs à la porte des villes, de leur dérober un temps souvent précieux, d'ouvrir et de fouiller leurs malles, et il n'aurait pas le courage, par exemple, de prendre connaissance des livres d'un négociant pour savoir quelle doit être sa juste part de contribution!
En Angleterre, le pays des abus financiers par excellence, il existe un impôt qui se rapproche de celui que nous voudrions voir établir dans notre pays : c'est l'impôt paroissial. Ce n'est point à la consommation que l'on demande en Angleterre l'argent réclamé par les besoins des localités. Le budget paroissial est rempli exclusivement par des taxes assises sur la fortune présumée des familles, d'après leur propre déclaration; et l'ensemble de ces taxes s'élève à plus de trois cent millions. Nous ne faisons pas de doute qu'une contribution unique par famille, proportionnelle à la fortune , est facile à organiser, surtout dans un pays comme le nôtre, et qu'elle suffirait, avec le produit des successions , à toutes les dépenses nécessaires de l'État.
Si l'on veut jamais combattre efficacement la misère, et il faudra bientôt le vouloir ou du moins faire semblant de le vouloir, la première chose à faire sera donc de substituer au système actuel des contributions publiques, qui est une cause de misère publique et privée , un système plus rationnel et plus juste qui deviendrait pour les nations, non plus un fardeau écrasant, mais un instrument de justice distributive , un prin-
cipe de vie, un régulateur du mouvement économique et par conséquent un moyen de prospérité (1).