LIVRE IV
sans scrupule à la banqueroute. L'exercice du droit de participation à l'héritage est le seul amortissement efficace des dettes publiques. Chaque année, par le seul fait des décès, la dette se trouverait diminuée au moins d'un 160mc, et le chiffre de la rente réduit d'autant. C'est aux gouvernements éclairés à décider si ce genre d'amortissement pacifique , légitime , est préférable à la banqueroute, car nous avons la conviction que si les dettes publiques ne sont pas progressivement éteintes, elles amèneront forcément la banqueroute !
Quelques mots en terminant sur l'objection principale, la seule peut-être que l'on opposera à la réforme de la constitution financière d'après les principes de la justice et du bon sens. On dira par exemple que l'impôt équitable n'atteindra jamais les valeurs mobilières et surtout les capitaux qu'il doit frapper, parce que la fraude les dérobera à son action ; on dira que le droit de participation de la communauté à l'héritage sera improductif, par la même raison , parce que la fraude sera plus forte que la justice. A cela une courte réponse. Nous pensons que ïè gouvernement aurait besoin de beaucoup moins d'esprit, de beaucoup moins de puissance pour faire le bien de la communauté et atteindre tous les revenus légitimement imposables, qu'il n'en dépense aujourd'hui pour lui nuire et frapper de la dîme les denrées destinées à la consommation du travailleur, qu'il devrait épargner. En France, le fisc trouve le moyen d'empêcher les citoyens de puiser Peau de la mer et des sources salines, il entrelient une armée sur les frontières et aux portes des villes, qui arrêle au passage les valeurs les plus subtiles et lève l'impôt sur les passants le fer à la main ; il va chaque jour mesurer le tonneau du pauvre pour lui faire payer le verre de vin qu'il a bu , il compte les pieds de tabac que plante le cultivateur; et il ne pourrait pas atteindre les valeurs mobilières, foncières , et les capitaux que possède chaque famille! Est-il donc difficile de décréter que les valeurs déclarées et cotées , les contrats et actes passés devant l'officier public, jouissent seuls de la garantie et de la protection accordées par la loi à la propriété? Et, cela fait, est -il donc impossible de contrôler ces déclarations, et de voir si elles sont d'accord avec la fortune réelle, connue , des propriétaires! Quant aux successions, je ne crois pas que la fraude serait jamais plus grande qu'elle ne