‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 285 sur 314 · LIVRE IV · texte numérisé non relu

LIVRE IV

ment de la population , du nombre des familles , et noter exactement la condition physique et morale de chacune de ces familles. Cette institution, pour ainsi dire domestique, aurait pour but de rapprocher par un lien moral , dans une même communauté, les entrepreneurs de travail et les travailleurs. Ce rapprochement deviendrait de plus en plus facile à mesure que les travailleurs s'élèveraient, par la conquête de parcelles du capital , à la condition de sociétaires et de copartageants. Une heure ou deux par quinzaine, le dimanche, suffiraient pour arranger les affaires de chaque famille industrielle.

Mais ce conseil de discipline intérieure, s'il était seul , ne serait pas autre chose que le rétablissement des anciennes corporations. L'organisation de l'industrie ne doit pas se borner a créer une multitude de petites associations isolées sans lien entre elles, et souvent séparées d'intérêts. Le conseil de famille des industries ne serait donc que le point de départ et comme le premier degré du système de l'industrie. Les membres élus de ces petits conseils , réunis et assemblés au chef-lieu du canton industriel, choisiraient de six à douze syndics , qui représenteraient toutes les industries du canton. Ce conseil cantonnai, institué dans les districts agricoles comme dans ceux de l'industrie , qui d'ailleurs tendraient de plus en plus à se confondre , formerait, sous la présidence du juge de paix, un véritable tribunal , à l'instar du conseil des prud'hommes, qui jugerait les contestations industrielles, et prononcerait en qualité d'arbitre sur toutes les affaires relatives au travail , aux rapports des ouvriers et des maîtres. Le syndicat du canton tiendrait registre du nombre et de la nature de tous les établissements industriels et agricoles de la circonscription , des produits obtenus et fabriqués , et du prix de revient de chaque produit ; il transmettrait ces renseignements tous les trois mois au département, où siégerait en permanence un bureau de l'agriculture et de l'industrie*. Ce bureau dresserait tous les ans un tableau de la production du déparlement el du prix de revient de chaque produit. Ce tableau serait publié.

Mais c'est au centre de l'État , à côté du gouvernement , que siégerait le véritable conseil régulateur de la production nationale. Les syndicats des cantons enverraient annuellement , au chef-lieu du déparlement, un de leurs membres, et ces délégués

Page 1