LIVRE II
murs; elle a été récemment soumise à un vaste remaniement industriel qui l'a classée par masses ; celles qui sont engagées dans les occupations manufacturières sont mises en contact étroit, et soumises à des tentations , à des excitations qui exigent une intelligence plus élevée que celle qu'elles ont possédée jusqu'ici , devenue indispensable aujourd'hui à leur bien-être et à la paix de la société. Elles sont rassemblées sur un petit nombre de points, capables de se coaliser, ignorantes et profondément dépravées ; elles ont pris en haine la société tout entière, et les émeutes politiques, de locales qu'elles étaient, sont devenues nationales (1). »
A Dieu ne plaise que nous médisions de la liberté; mais la liberté ne peut-elle exister autrement qu'à la condition de cet effroyable laisser - faire qui arme les ouvriers de violence contre les maîtres , et les maîtres de ruse et d'indifférence contre les ouvriers? N'y a-t-il pas d'autre liberté possible en industrie que cette liberté désordonnée que l'antique Saturne accordait pour un jour aux esclaves?
La paix est la loi du travail, et, nous l'avons prouvé, le travail est troublé sans cesse par des guerres intestines : il est vrai que jusqu'à ce jour c'est toujours le même parti qui est vaincu ; mais est-ce une position bien assurée que celle qui ne peut se conserver qu'en achetant chaque jour de durée par une nouvelle victoire ?
Si les quelques faits qui précèdent et que nous avions les moyens de multiplier à l'infini, ont pour le lecteur le même sens qu'ils ont pour nous . nous sommes en droit de conclure que les nations sont arrivées, de progrès en progrès, au dernier degré de la désorganisation et de l'anarchie dans le régime du travail. Il n'y a que deux moyens de sortir d'une situation pareille : ou l'oppression complète des classes laborieuses mutinées, que l'on réduirait par la force à subir sans résistance toutes les extrémités auxquelles les fluctuations de l'industrie et les lois de la concurrence des capitaux et des bras les condamnent, ou le rétablissement de la concorde dans la famille industrielle, au moyen d'une organisation intelligente des forces qui se font aujourd'hui la guerre. Nous croyons que celte
(1) Report ofM. Fleteher. p. 172.