CHAPITRE IV
étudier la manière dont les différents impôts agissent sur îa condition économique d'un peuple, et sur celle des différentes classes de ce peuple. Les économistes ne sont pas d'accord sur la part que prennent aux charges publiques les agents de îa production. On sait que le revenu frappé par l'impôt est produit par le concours du capital et du travail , mais il est presque impossible de déterminer quelle est la part de chacun dans les contributions publiques. Les plus savantes distinctions établies par les économistes, par Ricardo surtout, qui fait payer tout l'impôt au consommateur et dont l'opinion est la plus raisonnable en cette matière , ces distinctions ne sont peut-être que d'ingénieuses subtilités. Selon notre modeste jugement, les impôts prélevés sur le revenu ne sont guère moins funestes aux nations que ceux prélevés sur leur capital , car ils ont pour résultat définitif d'ajouter aux frais de la production, d'élever le prix des choses , et par conséquent d'exiger plus de travail pour un moindre produit. Exiger plus de travail qu'il n'en faudrait naturellement pour obtenir les produits, c'est appauvrir une nation , c'est la forcer de travailler plus pour avoir moins, c'est gêner la production. Il suffît de jeter un coup d'œil sur les nations , pour voir sur quelle classe porte en définitive cet appauvrissement. En France comme en Angleterre , et dans ce dernier pays surtout , il est facile de reconnaître les payeurs privilégiés des taxes nationales; cette foule de consommateurs, qui a grande peine à atteindre par son travail le prix des subsistances, cette armée de misérables , dont l'abrutissement même est rançonné par le fisc, supporte évidemment la plus lourde part et toutes les conséquences fâcheuses des contributions publiques. S'il était possible de suivre l'impôt sous ses transformations infinies, peut-être découvrirait-on à la fin qu'il se répartit à peu près, sans distinction de fortune ou de rang, sur toutes les têtes : il équivaut à une taxe sur la vie humaine. Voyez l'octroi : se préoccupe-t-il , par exemple, de la qualité et de la valeur des boissons? Il frappe un tonneau de vin , de la valeur de trois cents francs , d'une taxe modérée de dix pour cent , et du môme coup il prélève sur le tonneau de vin de cabaret, sur la boisson du grand nombre, un impôt de trois cents pour cent ! Ce fait est un exemple de l'intelligence et de l'équité de l'impôt.