‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en France (volume 2)Chapitre 76 sur 314 · LIVRE ni · texte numérisé non relu

LIVRE ni

Le gouvernement en France possède encore plusieurs monopoles qui, sous d'autres formes , augmentent la capitation du pauvre. Le monopole du sel produit à lui seul 57,160,000 fr. (1840); celui du tabac est évalué pour la même année à 84,400,000. En outre , les lois de douane imposent à la consommation des denrées les plus nécessaires un prix beaucoup plus élevé qu'il ne le serait naturellement , afin de proléger les capitaux du pays. Les défenseurs des tarifs de douane exagérés se retranchent hypocritement derrière l'intérêt du peuple, qui est au contraire évidemment sacrifié. Si la viande est à meilleur marché, si le pain baisse de prix et n'est plus exposé à ces variations désastreuses qui agitent quelquefois un marché insuffisant, croit-on que la production de la France diminuera, que le travail ne trouvera plus à s'échanger contre des denrées à bas prix? Quel mal résulterait-il pour l'ouvrier, si l'abaissement des droits de la houille et du fer, les deux aliments de l'industrie, permettait de travailler plus et à moins de frais? El le capital, à l'avantage duquel les droits sont institués, en est frappé lui-même, et il est condamné souvent , par le fait même de ia protection qu'on lui accorde, à demeurer improductif. Pour quelques propriétaires de forêts qui profitent de la cherté des houilles, une masse énorme de capitaux, auxquels l'industrie dégrevée fournirait un fructueux emploi, restent stériles ou s'aventurent dans les périls de la spéculation improductive. Nous verrons plus loin que les industries les plus protégées sont celles qui rétribuent moins le travail , celles qui font les misérables, et nous rechercherons pourquoi.

« Le capitaliste , dit M. Carey, fait tous ses efforts, au moyen de taxes sur la consommation, pour rejeter les charges du gouvernement sur le travailleur, et s'indemniser par des droits restrictifs sur l'importation des choses qu'il produit , des contributions qu'on exige de lui; mais ses efforts sont inutiles. Le capital est improductif. Le propriétaire, dans le partage avec le travailleur, garde une grande partie du produit ; mais le gouvernement lui réclame une bonne portion de ce qu'il s'est attribué (1). »

11 faudrait écrire un ouvrage tout spécial , si Ton voulait

(I) Pr'inciples of political Economy, part ii , p. oG5.

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