LIVRE III
l'un de l'autre ces deux grands éléments de production , il y a bien-être et moralité chez les classes laborieuses , ou misère et abrutissement.
L'histoire des rapports du travail et du capital n'existe pas, elle est à faire ; ce serait là , beaucoup plutôt que dans la revue des ouvrages qui ont traité des sciences sociales, que se trouverait la réelle et profitable histoire de l'économie politique des nations.
Le travail nous apparaît en un double rapport fondamental avec le capital ou les instruments de production : il en est l'esclave, le mercenaire, ou le compagnon et l'associé.
Excepté le cas, de plus en plus commun en France, où les instruments appartiennent aux mains mêmes qui les emploient, le travail est placé vis-à-vis du capital dans une position d'infériorité et de dépendance, qui varie depuis la servitude absolue jusqu'à la condition malaisée et précaire du pauvre journalier.
On peut poser en axiome cette proposition générale , confirmée par tous les faits, savoir, que la condition physique et morale des travailleurs se mesure exactement sur la position où ils se trouvent vis-à-vis des instruments ou des capitaux qu'ils utilisent ou dont ils reçoivent la commande du travail : plus ils en sont rapprochés, plus leur existence est assurée ; et on la voit s'élever et s'améliorer suivant la mesure et l'étendue de ces rapports. L'esclave tient à son maître par des liens seulement matériels, comme le bœuf tient à la charrue , et ce rapport, qui lui ôte la qualité d'homme pour lui imposer celle de chose, lui garantit l'existence par l'intérêt de propriété qui recommande au maître de pourvoir à sa conservation. Le serviteur tient au chef de famille , nous ne voulons pas dire au maître pour ne pas confondre le service avec la servitude 7 le serviteur lient au père de famille par des liens d'affection , de reconnaissance et même de dévouement ; tous les sentiments les plus nobles de l'humanité peuvent trouver place dans ces relations qui sont à peu près les mêmes que celles de la famille. L'esclave est pour le maître un étranger, le rejeton d'une race impure el méprisée : ce n'est pas un homme. Le serviteur au contraire appartient à la même race que le maître, il est attaché à lui par la communauté d<» l'origine , des traditions et surtout du culte.