LIVRE I
sur 28,45, par rapport à la population totale; mais les indigents meurent plus vite que la partie aisée de la population. La moyenne de la vie est beaucoup plus courte pour eux, ainsi que le prouvent les recherches curieuses de MM. Villot et Villermé sur les variations de la mortalité dans les divers arrondissements de Paris. Dans la capitale , le rapport moyen de la mortalité à la population totale est de 1 sur 56,44 5 mais ce rapport varie, dans les divers arrondissements, suivant le degré d'aisance de la population qu'ils contiennent. Ainsi, dans le 1er arrondissement, il n'est que de 1 sur 52 habitants; dans le 2me . de 1 sur 48; dans le 5me . de 1 sur 45 ; et ces arrondissement sont précisément ceux qui renferment le moins de pauvres. Au contraire , dans les 7mc , 8me et 12me arrondissements habités surtout par la population ouvrière, qui s'y entasse comme dans des ruches humaines , le rapport de la mortalité s'abaisse au chiffre de 1 sur 50 , de 1 sur 28, de 1 sur 26! Quelle est donc la désastreuse influence de la misère sur les po- ] ulations, puisque dans la même ville, on meurt une fois moins, ou une fois plus, suivant qu'on est riche ou pauvre ! Pour évaluer le nombre des misérables d'après le chiffre des morts à l'hôpital , prenons donc un rapport au-dessous de la mortalité moyenne, celui du 12me arrondissement, par exemple, où la mort frappe annuellement 1 individu sur 26. Ce calcul nous donne pour résultat 1,185,158 individus, qui payent aux hôpitaux un impôt annuel de 45,505 morts. Comparé à la population totale de la France, ce chiffre est dans le rapport de 1 sur 27,58. Dans ce genre de calcul il est indispensable de tenir compte de toutes les circonstances.
Nous croyons maintenant être en mesure d'évaluer avec quelque certitude l'étendue de la misère en France. Nous ferons observer d'abord que le chiffre d'indigents probables (1,185,158) ne correspond pas à toute la population française. La plus grande partie des habitants du pays, la nation agricole, ne contribue presque pour rien au recrutement des hôpitaux et des bureaux de bienfaisance. La misère des campagnes, si leur pauvreté mérite ce nom, échappe à toutes nos appréciations, elle reste à la condition latente. Les villes seules et bourgs audessus de 5,000 âmes possèdent des hôpitaux et hospices ; et ces établissements sont peuplés en grande majorité par les habi-