ANALYSE DE LA MISÈRE
Nous nous sommes entendu d'avance sur la nature relative de la pauvreté ; il est à peu près certain pour nous qu'il n'y a pas de mesure fixe, absolue, qui puisse en donner l'intensité et le degré. Une rapide analyse de la misère va nous montrer qu'il n'en saurait être autrement.
En effet , de sa nature, la misère n'est pas une chose positive , mais , au contraire, une chose négative , puisqu'elle consiste exclusivement dans la privation. Or, le caractère plus ou moins pénible de la privation est entièrement relatif à la valeur et à la nécessité des choses dont on est privé , ainsi qu'à l'intensité du désir qu'on éprouve pour elles. Ce n'est donc pas sur une mesure fixe, convenue d'avance, que l'on peut l'évaluer; mais bien d'après l'importance variable des besoins que l'homme éprouve. Et cela ne suffit pas encore pour en connaître les véritables éléments. Ces besoins , dont la privation constitue la misère , qui les appréciera? qui en pèsera le poids, qui en scrutera la valeur pour savoir s'ils sont véritablement nécessaires , légitimes, si l'on doit avoir pour celui qui en est privé la compassion charitable qu'inspire le malheur ? Suffit-il pour cela de prendre le minimum des besoins nécessaires à la santé et à la