‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 117 sur 224 · CHAPITRE VIII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VIII

pendre courageusement les secours et de mettre la charité eu interdit. Ce que l'on dit de la fondation Monthyon pourrait rigoureusement s'appliquer à toute espèce de charité. S'il n'y avait ni hôpitaux , ni bureaux de bienfaisance, il n'y aurait point de misère officielle.

Les secours, de quelque nature qu'ils soient , ne font jamais que manifester la misère, ils ne la créent point. Or, nous pensons que , dans notre société , la somme de misère qui existe à la condition latente est bien supérieure à la misère connue ou même soupçonnée, qui prend part aux bienfaits de la charité publique. C'est pour cela que, si les conditions de secours deviennent plus faciles, ou si la population s'habitue seulement à les supporter plus volontiers, on voit aussitôt s'accroître trèsrapidement le chiffre de la misère officielle. Nul doute que, sans la répugnance qui arrête encore beaucoup de familles pauvres à la porte des hôpitaux, la charité publique n'aurait peut-être ni assez de place , ni assez d'argent pour les admettre et les soigner tous. L'Angleterre a fait à ses dépens la ruineuse expérience de la charité légale : pour diminuer le fardeau écrasant du paupérisme, elle s'est vue forcée de convertir la maison de charité en un séjour d'épouvante, afin d'en tenir éloigné le plus grand nombre d'indigents possible.

Ces inévitables inconvénients de la charité légale l'ont fait condamner, non-seulement par les économistes , mais encore par de véritables philanthropes (1). On a prouvé récemment par une multitude de faits qu'elle était aussi funeste aux indigents qu'à la société qui en portait le poids. Que faire donc? La charité n'est pas seulement un devoir pour les nations comme pour les individus , elle est de plus pour elles une nécessité, un besoin. Nous croyons donc qu'on a tort de conseiller aux gouvernements de supprimer la charité légale. Il y a, nous l'espérons, une charité plus haute , plus généreuse, que celle qui soulage les infirmités et la détresse des pauvres ; c'est celle qui travaillerait à diminuer leur nombre en réduisant les causes de la misère. Déjà il serait urgent , pour des sociétés aussi avancées que l'Angleterre et la France, de découvrir le secret d'une telle charité.

(1) De la charité légale, par M. ÎSaville. 2 vol.

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