LIVRE I
Aperçu de la misère officielle dans quelques localités de la France.
Il ne nous est pas permis d'examiner le mouvement du paupérisme dans les diverses localités de la France. Les documents que nous possédons sont trop incertains et surtout trop incomplets, pour qu'on en tire des inductions précises. Nous nous contenterons de consigner ici les résultais généraux.
Si Ton admet les principes que nous avons posés, le fléau de la misère devra se manifester surfout dans les lieux qui s'enorgueillissent d'une plus grande prospérité. La misère, nous l'avons dit déjà , marche à la suite de la richesse comme une compensation désolante, et elle hâte le pas avec les progrès de l'industrie. Les centres de population les plus animés par le travail, les villes de manufactures, sont les lieux que la misère affectionne de préférence , ceux où elle établit une domination inébranlable, qui semble défier jusqu'ici les révolutions les plus audacieuses comme les plus sages réformes.
L'accroissement de la population est le signe infaillible des progrès d'un peuple dans la science du travail et du bien-être; c'est aussi celui de la misère. Le rapport de l'indigence à la population augmente avec la population, il suit tous ses mouvements, et bien souvent il devance sa marche. Citons quelques faits.
D'après le recensement de 1855 (1), le département de la Creuse, qui ne renferme qu'une population de 276,274 pour une superficie de 558,541 hectares, ne compte qu'un indigent sur 550 habitants. Le département de la Creuse est l'un des plus pauvres de la France, et , par conséquent, des moins misérables.
Le département du Nord, le plus peuplé après celui de la Seine, et qui, sur une superficie de 567,565 hectares (à peu près celle de la Creuse ), renferme une population de 1,026,417 habitants , ce département , le foyer de production le plus actif
( 1) Voy. Statistique générale de là France.