LIVRE
des parties à celle du tout. Les divisions sont aussi indispensables dans les sciences sociales que dans les sciences positives, mais rien n'est plus difficile en exécution que de diviser une élude morale sans nuire à l'ensemble. Ainsi, dans le sujet qui nous occupe, nous sommes obligé , sous peine de tomber dans une inextricable confusion , de diviser la question de la misère en plusieurs parties, et ces parties elles-mêmes en plusieurs chapitres. Mais tout se tient tellement dans cette question, elle forme une masse si compacte , qu'il est très-difficile d'en détacher des fragments ; comment faire pour séparer, par exemple, les habitations de la misère de ceux qui y vivent, la condition physique des pauvres de leur condition morale? On a beau se proposer de marcher avec méthode , on est obligé à chaque instant de revenir sur ses pas ou d'anticiper sur la route, de lomber dans des redites fatigantes ou d'entamer prématurément les sujets que l'on avait réservés. Le lecteur a dû être frappé plus d'une fois des inconvénients que nous signalons ici , sans espoir de les lui épargner dans la suite de notre travail.
C'est surtout dans ce chapitre que ces fautes inévitables menacent d'être pour nous un sérieux embarras. A nos yeux , la condition morale des classes laborieuses est le résultat, la conséquence directe de leur condition physique; elle n'est intelligible que pour celui qui possède la parfaite connaissance des faits qui constituent la misère physique, et nous devons prier le lecteur de les avoir présents à son souvenir en lisant ce qui va suivre. Ce n'est pas seulement pour mieux comprendre l'état moral des pauvres qu'il est nécessaire d'avoir toujours présentes à l'esprit leurs privations et leurs souffrances , c'est pour atténuer le sentiment de dégoût et de mépris qu'inspirent leur dégradation et leurs vices. Dans cette étude, il y a un autre danger à courir que celui de s'abuser sur la véritable condition économique des sociétés, il y a le danger de s'endurcir le cœur, d'étouffer en soi la pitié, et de ne plus voir dans la misère que le juste châtiment d'une vie d'imprévoyance et de désordre.
Nous avertissons encore que dans ce chapitre nous ne dirons pas tout ce que nous avons à dire sur la condition morale des classes pauvres; nous ne ferons qu'exposer et décrire ce que nous avons pu en comprendre, nous réservant d'en rechercher