‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 197 sur 224 · CHAPITRE IV · texte numérisé non relu

CHAPITRE IV

l'explication et les causes dans la partie suivante de l'ouvrage. Cependant, en raconlantles faits, nous en préparerons d'avance l'explication , car plus d'une fois ces faits apporteront avec eux la cause qui la produit.

Nous croyons être en mesure de démontrer que la misère physique . lorsqu'elle arrive à un certain degré, lorsqu'un travail qui n'est jamais assuré n'accorde à des fatigues prolongées qu'un salaire insuffisant, celte misère exlrême , telle que nous venons de l'étudier, a pour conséquence inévitable une rechute en barbarie, un retour à la vie sauvage. On sait ce que l'esclavage fait des populations serviles ; on sait que des vices inconnus à l'espèce libre se manifestent chez les esclaves, et que leur dégradation morale fortifie l'autorité du maître de toute la puissance de l'orgueil et du mépris : les vices de la population noire , conséquence forcée de l'esclavage , sont le plus grand obstacle à son affranchissement. Il en est de même de la misère; èîle ne fait pas seulement souffrir le corps, elle dégrade l'âme, elle en use peu à peu toutes les forces par l'humiliation et l'insensibilité qu'amène l'habitude de souffrir. Comme l'esclavage, la misère aussi a ses vices inconnus à la population aisée, et ces vices opposent comme un obstacle invincible aux généreuses intentions qui veulent la combattre le mépris qu'ils inspirent.

Les classes qui subissent la misère sont enfermées dans un cercle fatal , d'où les efforts les plus héroïques, partant d'ellesmêmes et de ceux qui veulent les sauver, pourront seuls les arracher. Une nécessité implacable semble avoir fermé pour jamais sur eiîes ce cercle de fer. La misère physique amène bientôt après elle la misère morale; et celle-ci opère si énergiquement sur la première pour l'augmenter, pour la faire descendre au dernier terme, qu'elle en paraît la cause unique. Les deux misères s'engendrent l'une de l'autre, de façon qu'il est presque impossible de découvrir leurs véritables causes , et que des écrivains distingués ont fait peser sur les vices du pauvre toute la responsabilité des souffrances et des privations qu'il endure.

Voici le tableau de la condition morale des classes pauvres, tel que les faits que nous avons recueillis nous ont permis de le tracer.

(«'est dans l'enfance qu'est déposé le germe des vices et des

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