‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 207 sur 224 · LIVRE II · texte numérisé non relu

LIVRE II

dividus qui tombent sous ses honteuses lois. Chez tous les peuples , des institutions puissantes combattent le crime et le punissent ; la conscience publique se soulève énergiquementcontre lui, et la rigueur de ses arrêts peut empêcher beaucoup de malheureux de devenir coupables; il n'y a pas de loi, au contraire, pas de force extérieure, qui soutienne la faiblesse de l'homme contre les tentations du vice. A un certain degré de l'échelle sociale, l'opinion n'a plus d'arme contre le vice, et le mépris qu'il inspire ne protège plus personne contre lui. Avec quelle effroyable contagion ne doit-il pas se répandre au milieu des populations que nous étudions, complètement désarmées contre ses attaques, ignorantes , dévorées de mille besoins , et à qui l'habitude de la misère a désappris la honte?

Il nous est impossible de connaître officiellement l'étendue de !a prostitution en Angleterre, car en ce pays, l'action d'une providence sociale ne se fait pas plus sentir dans les repaires de la prostitution que dans les affreux quartiers abandonnés à la misère. La police métropolitaine, récemment instituée, ne peut pas étendre sa surveillance dans la cité de Londres , qui n'a qu'une police insuffisante , et qui renferme la plus grande partie de la population vicieuse. Ces deux autorités diffèrent singulièrement , comme on va le voir , dans l'évaluation de la prostitution à Londres ; l'une porte le chiffre des prostituées à 80.000, l'autre à 7,000 seulement (1).

Vers 1795, M. Colquhoun , magistrat de police , supposait 50.000 prostituées à Londres.

Une société instituée à Londres pour prévenir la prostitution des jeunes filles , nous donne , dans les rapports qu'elle a publiés , les détails les plus affreux sur l'état de la moralité dans la ville de Londres. On lit dans un de ces rapports : « Le crime est arrivé à Londres à un développement effroyable , et l'on peut dire qu'il n'existe nulle part en si grande proportion que dans cette cité, si favorisée d'ailleurs. Là sont établies desécoles pour instruire la jeunesse dans toutes les variétés du vol et de la débauche... Nous pourrions énumérer une longue suite de crimes particuliers à la métropole (2). » — Cette société pour-

(1) Prostitution in London, by Michaël Ryan. 1839.

(2) Ibid., p. 168.

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