‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 27 sur 224 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

(aires de sa marine et de ses manufactures ; elle compte dans l'Inde seulement 120 millions de sujets qui travaillent pour elle : il semble qu'elle ait atteint et peut-être dépassé le plus haut degré de puissance et de richesse ; l'imagination conçoit difficilement qu'un peuple puisse produire et vendre davantage.

On ne peut mettre le pied sur le sol de l'Angleterre sans être vivement frappé de l'opulence de cette nation : la richesse éclate sous mille formes diverses devant les yeux étonnés du voyageur. Nulle part l'homme ne se montre entouré d'un plus digne appareil; l'aisance y est si solide et si complète qu'elle peut se passer de faste, et le bien-être ordinaire, le comfort, est assez noble par lui-même pour n'avoir pas besoin de l'éclat d'un luxe artificiel. La vie matérielle y est arrivée au dernier terme du raffinement : c'est un art plein de dignité , qui ennoblit l'homme en le servant.

Mais à côté des dépôts , des instruments et des témoignages de l'extrême richesse , sont cachés en cet étrange pays les témoignages de la plus affreuse misère. Non loin de ces parcs seigneuriaux, dont nous admirons l'élégance, non loin des monuments de l'opulence britannique , gisent les tristes monuments de la pauvreté. Par un contraste plein d'enseignement pour nous, les haillons de la misère s'aperçoivent et se devinent sous les magnifiques vêtements dont la richesse a paré le peuple d'Angleterre. Celui qui ne veut pas seulement admirer n'a qu'à détourner un moment les yeux; il apercevra avec non moins d'étonnement le spectacle le plus triste, le plus humiliant , qu'une société humaine puisse offrir. La superbe métropole des trois royaumes, et les villes florissantes comme Liverpool, Leeds, etc., renferment de vastes quartiers, dont l'horrible aspect est beaucoup plus difficile à décrire que ne l'est la magnificence si justement admirée de ces villes opulentes. Chaque grande cité d'Angleterre a un véritable Ghetto, un quartier maudit , où la misère est jetée aux gémonies. A Liverpool, qui montre à l'admiration du voyageur des rues entières de palais et le port le plus riche du monde, la partie inférieure de la population pourrit dans des caves; à Londres, la merveille des elles pour l'élégance des habitations et la salubrité des rues, les pauvres sont entassés dans des cabanes infectes, croulantes, bâties dans des ruelles affreuses, autour de cours étroites, et

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