‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 40 sur 224 · CHAPITRE V · texte numérisé non relu

CHAPITRE V

quel les transitions on a passé pour arriver à la complète exécution de la loi. La première mesure recommandée aux bureaux des paroisses fut de substituer les secours en nature aux secours en argent; cette seule mesure, de tout point excellente , diminua , dit-on, d'un tiers , dans quelques paroisses de Londres, la somme affectée aux secours (1). Mais ce n'était qu'un expédient de transition , puisque le but poursuivi était la suppression absolue de tout secours à domicile. On avertit ensuite les administrations locales de refuser du travail à domicile, car l'ancienne loi leur faisait un devoir de donner du travail et des secours. Dans les paroisses où il n'y a pas encore de workhouse, on a recours à des moyens ingénieux pour se débarrasser des importunités de l'indigence. Par exemple, la paroisse de Cookham offre à ses pauvres valides de l'ouvrage très-pénible, et à la tâche, avec un salaire de beaucoup inférieur à celui qu'ils pourraient gagner ailleurs à moins de peine (2). La commission peut préparer et hâter le moment où elle pourra placer l'indigent dans l'alternative de renoncer a toute espèce de secours , ou de choisir la maison de travail.

Le nouveau mécanisme administratif employé pour l'exécution de la loi amendée , est , comme nous l'avons dit déjà , une des plus grandes et des plus heureuses réformes qui se soient accomplies en Angleterre. Bien qu'il ne soit pas nécessaire à notre sujet d'en exposer le plan et les détails, nous en dirons quelques mots , ne fût-ce que pour expliquer les éloges qui ont été donnés à la nouvelle loi des pauvres.

L'antique administration paroissiale, la base delà forteresse des abus anglais , est ici remplacée par une administration plus large, ayant par conséquent des intérêts plus grands; c'est ce que la loi appelle Y Union. Une vingtaine de paroisses , plus ou moins, suivant leur population, sont réunies en une seule administration de secours. Un bureau de fonctionnaires élus (5) par les contribuables, et qui s'assemble à des jours fixes au siège de l'Union, administre avec ordre les affaires du paupérisme de toutes ces paroisses ; il choisit et surveille les fonctionnaires ,

(1) First annual report, p. 8.

(2) Jbid.

(3) Board of Guardian* .

LlYliE I.

prononce sur les demandes de secours et décide de la forme sous laquelle ils seront distribués. Ce bureau , appelé Bureau des Gardiens , est l'arbitre à peu près souverain des pauvres , mais il n'est pas , comme l'ancienne paroisse , indépendant de toute autorité ; il a au-dessus de lui , pour le diriger et le surveiller, les délégués du pouvoir exécutif, la commission centrale de Sommer se t-hou se , qui est, on peut le dire , le ministère du paupérisme (1). Sous le rapport de l'économie et de la politique, cette administration centralisée est une réforme admirable , digne de l'intelligence d'un grand peuple : seulement on n'a peut-être pas songé assez aux intérêts de ceux qui comparaissent ainsi avec leur seule misère devant les représentants de la propriété et de l'industrie ; nous aurions aimé voir dans le bureau des Gardiens un avocat des pauvres (2) chargé de les représenter et de les défendre. Le rapport de la commission constate que , grâce à cette réforme , l'administration d'une Union d'une vingtaine de paroisses coûte moins aujourd'hui que ne coûtait autrefois, dans le temps des abus, l'administration d'une seule de ces paroisses (5).

Dès la première année, près de deux mille paroisses , et des plus ravagées parle paupérisme, furent ainsi centralisées en 112 Unions; la seconde année 5,835 paroisses étaient placées sous l'empire de la nouvelle loi, et enfin , au 15 juillet 1837, le régime nouveau était en pleine activité dans toute l'Angleterre : 13,433 paroisses étaient unies. Si quelques-unes obéissaient encore aux anciennes coutumes , cela tenait à des circonstances particulières, à des privilèges locaux, que la commission avait été obligée de respecter (4).

(1) Ce premier essai de centralisation a déjà eu pour l'Angleterre les plus heureuses conséquences. L'administration des pauvres est devenue l'instrument d'autres réformes : la loi du 1er mars 1837 lui a confié les registres de l'État civil. Les Unions ont été adoptées comme districts d'inscriptions.

(2) Dans quelques États de l'Allemagne, la loi institue un avocat, dit avocat des pauvres, armen advocat, chargé de représenter gratuitement les intérêts de l'indigent devant la justice.

(3) First annual report.

(4) Depuis les réformes provoquées par Gilbert, beaucoup de paroisses avaient obtenu des biîls locaux pour s'incorporer avec d'autres.

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