‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 71 sur 224 · LIVRE · texte numérisé non relu

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de pomme de terre, le grossier et spongieux lumper (1). Et il meurt de faim ! Ce seul fait dit tout , et nous serions tenté de renvoyer à l'ouvrage de M. de Beaumont , sans rien ajouter de plus , si nous ne devions faire fréquemment allusion à la condition de l'Irlande. Nous exposerons donc ici, le plus brièvement possible, les faits sommaires de l'économie irlandaise.

Il n'y a pas de degré possible dans la misère en Irlande. Cette nation est misérable à tel point qu'elle ne connaît plus qu'un seul besoin: la faim; qu'elle n'a plus qu'un seul genre d'aisance : manger assez pour vivre. Tous ceux qui sont pauvres le sont également et de la même manière; ils ont peine à se procurer les trois livres de lumper nécessaires pour apaiser chaque jour les besoins du viscère digestif.

Dans son curieux ouvrage où il attribue à l'absence des propriétaires tous les maux de l'Irlande, M. Norton, évalue le revenu foncier de l'Irlande à une somme équivalente à 400,000,000 de francs. Sur cette somme , il pense qu'il ne reste guère au cultivateur irlandais que quelque pences, environ 55 centimes par jour. Le revenu des propriétaires absents est évalué à 100 millions; celui du clergé, dont plus de la moitié ne réside.pas, à 57,500,000 fr.; les taxes et dîmes à 122,500,000 fr.; l'armée protectrice chargée de garder l'Irlande, à 52,000,000 fr. Reste pour les 6,000,000 d'Irlandais une somme à répartir qui revient environ à 55 centimes par jour pour chaque individu. Si peu d'inégalité que l'on suppose dans la répartition, quel sera le sort de ceux qui se trouveront au-dessous de cette moyenne ?

L'archevêque Butter assure que le paysan retire à peine un quart et un cinquième du produit de la terre.

La famine est, en Irlande, un phénomène régulier qui revient tous les ans à la même époque , du mois d'avril au mois d'août, lorsque les pommes de terre commencent à germer et à pourrir , et que les nouvelles ne sont pas mûres encore. Le primat Boulter, écrivait en 1727 : « Depuis mon arrivée, la famine n'a pas cessé parmi les pauvres.... Il en a péri par centaines... Many hundred perished... » En 1852 , on demandait à l'évêque Doyle quel était, dans l'ouest de l'Irlande, l'état

(1) Poor Irish Inquiry, part. II, appendix H., p. 9.

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