LIVRE I
» irlandais (1). » — « L'aspect social de l'Irlande en ce moment » est une anomalie. Pendant que le pays fait de visibles et » constants progrès, et que des signas d'accroissement de ri- » chesse se présentent de toutes parts, la population laborieuse )> qui constitue la grande majorité du pays ne retire pas des » avantages proportionnés à l'accroissement de prospérité qui » a lieu autour d'elle. Dans beaucoup de localités sa condi- » tion est même pire qu'elle n'a jamais été (2).
Ce court aperçu suffira , nous l'espérons , pour constater, en général, la misère de l'Irlande , et pour justifier les inductions que nous en tirerons plus loin. On dit que la situation de l'Irlande est une exception: cela est vrai , en ce que certaines causes qui déterminent la misère ont agi et agissent encore dans ce pays avec plus d'énergie que partout ailleurs. Ici , des faits particuliers , des circonstances politiques , uniques peutêtre dans l'histoire , ont secondé avec une force terrible les causes générales de la misère. Mais l'Irlande n'est pas la seule qui y soit soumise. S'il était vrai que des causes d'une nature identique se rencontrassent au sein des nations les plus fières d'elles-mêmes de l'Angleterre par exemple, ne devrait-on pas redouter qu'avec le temps, les classes laborieuses, agricoles et manufacturières, ne descendissent peu à peu à la condition économique où elles se trouvent en Irlande ? L'action naturelle et constante de ces causes, si elles existent, ne ferait-elle pas à la longue ce que l'usurpation, la violence et l'oppression ont fait en Irlande ? Quel effrayant avenir si , malgré tous les progrès politiques et industriels , les travailleurs libres des nations modernes étaient poussés , par une inexorable fatalité , à la condition des Irlandais , à la condition économique des esclaves , moins la sécurité qu'ont les esclaves de ne pas mourir de faim? Nous examinerons bientôt cette redoutable question qui s'est présentée déjà sous des formes différentes à tous ceux qui ont étudié le phénomène du paupérisme anglais. Ces causes générales de misère, dans le cas où elles existeraient chez les sociétés civilisées, ne produiront jamais, il faut l'espérer, toutes leurs conséquences. Dès que leur action sera assez forte
(1) Tilhes. Commons , 2d Report, n" 5241, Mahony, 1832.
(2) 2<3 Report of ihe railways commiss'wnners for Ireland.