LIVRE I
plus dans d'autres départements (1) que de 1 à 50 et à 25. Ici le nombre des malades était 1 sur 18 individus (2), là il n'était plus que de 1 sur 156 (5). Faut-il admettre, d'après ces chiffres, une différence aussi extrême entre les différentes provinces du même pays , sous le rapport de la richesse et de la santé publiques? Nous ne le pensons pas. Si la statistique, telle que nous la savons jusqu'à ce jour, prouve certainement quelque chose , ce ne peut être qu'un fait général qu'il n'est pas permis de trop préciser ; pas plus en ce moment , qu'à l'époque dont nous nous occupons la statistique ne prouve à beaucoup près tout ce qu'elle paraît prouver.
L'assemblée révolutionnaire eut la généreuse pensée de soustraire à la misère toute cette population souffrante dont elle venait de proclamer la liberté et les droits. Cette pensée était aussi logique qu'elle était belle : pourquoi tout ce qui est logique n'est-il pas toujours possible? La constituante n'eut que le temps de préparer la loi de charité nationale; elle en légua l'achèvement aux législateurs qui devaient lui succéder. La constitution qu'elle composa si laborieusement contenait l'obligation de la charité légale : une de ses dispositions fondamentales déclare « qu'il sera créé et organisé un établissement de secours » publics pour élever les enfants abandonnés, soulager les » pauvres infirmes et valides. » Le rapport de La Rochefoucauld- Liancourt donnait le plan et les règles de l'établissement promis par la constitution de 1791.
Le remède pressait , car la misère faisait alors de grands ravages, et ceux qu'elle frappait se résignaient difficilement à une indépendance, à des droits qui ne protégeaient pas le citoyen contre la tyrannie de la faim. Le 15 août 1789, Lafayette était obligé d'aller calmer par sa présence Ses misérables réunis à Montmartre, au nombre de dix-sept mille, dans un atelier de charité (4). Les ouvriers s'attroupaient et portaient dans les émeutes politiques de ces jours révolutionnaires, l'irritation de leurs griefs industriels : il fallait alors les entendre; car ils exer-
(1) Côte-d'or et Manche.
(2) Mayenne, Jura, Dordogne.
(5) Lozère.
(4) Mémoires de Bailli/, — Journal de Loustalot.