‹ De la misère des classes laborieuses en Angleterre et en FranceChapitre 82 sur 224 · CHAPITRE VII · texte numérisé non relu

CHAPITRE VII

çaienl activement dans la rue leur part de souveraineté, et le peuple souverain était affamé par la disette. On s'attroupait par milliers sur les places pour arrêter en commun le prix du travail , et fixer une contribution libre sur les salaires, afin de subvenir aux besoins de ceux qui se trouveraient sans ouvrage (1). Pourquoi faut-il que les passions politiques aient arrêté le pacifique développement de ces premiers essais d'association ?

Le 4 décembre 1790, le représentant Vernier déclarait à l'assemblée constituante, au nom du comité des finances, que le département de Seine-el-Oise contenait en ce moment quarante et un mille pauvres sans occupation, et faisait voter 125,000 livres pour soulager provisoirement cette effroyable détresse.

Les ouvriers se coalisaient dans l'espoir de faire hausser les salaires , et la commune fut obligée d'intervenir pour restreindre cette dangereuse liberté. Un arrêté signé Bailly, maire et Dejoly secrétaire greffier, inséré dans le Moniteur du 29 avril 1791 , « invitait tous les ouvriers à ne point démentir les preuves qu'ils avaient données jusqu'à présent de leur patriotisme, et à ne point réduire le corps municipal à la nécessité d'employer contre eux les moyens qui lui ont été donnés pour assurer l'ordre public et maintenir l'exécution des lois (2). »

(1) Septembre 1789. Rassemblement des ouvriers cordonniers aux Champs-Elysées : ils nomment un comité chargé de veiller à l'intérêt commun, et de recueillir et distribuer une cotisation mensuelle, destinée à subvenir aux besoins de ceux d'entre eux qui se trouveraient sans ouvrage.

Hist. parlement, de la Rèv., tome II , p. 418.

(2) On lit dans cet avis de la municipalité un paragraphe curieux ; il montre que les coalisés pouvaient être provoqués par une menace de réduction de salaire :

« La suppression des droits d'entrée, dit le maire Bailly, est un bienfait dont tous les citoyens doivent jouir. Diminuer le salaire des ouvriers, en raison de cette suppression, sur le fondement que les denrées seront moins chères pour eux , et que leurs maîtres seront obligés de supporter les impositions, qui seront le remplacement nécessaire des entrées, ce serait renouveler l'ancien état de choses , et tromper le vœu de la nation, en faisant tourner l'avantage delà loi au

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