De la monnaie du crédit et de l'impot
Je travaille depuis longtemps à l'ouvrage que je livre en ce moment au public. Les occupations qui m'en ont parfois détourné, ne l'ont fait qu'à de rares intervalles, et toujours pour peu d'instants. Si je ne le tiens pas pour irréprochable, ce qu'il m'est inutile d'assurer, je le puis du moins considérer comme le fruit de nombreuses recherches et de longues réflexions. Peut-être devra-l-on repousser les opinions qui s'y rencontrent ou blâmer les réformes que j'y sollicite ; mais il n'en est aucune qui soit de ma part précipitée ou hasardée ; je les ai toutes sérieusement étudiées à la lumière des principes et sous le contrôle des faits.
La monnaie, le crédit et l'impôt sont les sujets que
II PRÉFACE
j'ai traités dans ce livre, et ce sont aussi les moins connus de l'économie politique, surtout en France. Depuis peu d'années, à la vérité, des publications, dont quelques-unes sont fort remarquables (1), nous ont éclairé sur diverses parties du rôle des monnaies ou des services des banques, des conséquences des dettes publiques ou des résultats de l'impôt; mais nous sommes encore en ces matières d'une très-grande ignorance. Les économistes anglais eux-mêmes, qui ont le plus approfondi ces matières, sont loin de les avoir traitées d'une façon satisfaisante. Smith, Ricardo, Malthus, Parnell, Buchanan, Mill en ont fait, à diverses reprises, l'objet d'études où se révèlent tout leur savoir et souvent tout leur génie ; mais à quel système se sont-ils rattachés ? quel principe leur a servi de point de départ? quel but se sont-ils proposé? Tout plan d'ensemble leur manque, et si l'on découvre dans leurs ouvrages des recherches ingénieuses ou profondes au point de vue de l'intérêt présent et des faits qui nous entourent, jamais à peu près ils ne semblent s'inspirer de l'immuable équité , du droit éternel , considéré dans son essence même.
C'est là cependant ce qui doit toujours diriger et conduire; car rien de durable ni de vrai ne s'engendre de l'iniquité. Lorsque, après s'être assuré de ce que réclame la justice, on s'enquiert aussi bien de ce que com-
(1) Surtout le livre de Coquelin, sitôt ravi h la science et h notre amitié, Du Crédit et des Jîanqucs , le livre de M. Coureellc-Sencuil , intitulé Traité théorique et pratique des opérations de banque, et les belles éludes de M. de Parieu sur les divers impôts de la France et de l'étranger.