‹ De la monnaie du crédit et de l'impotChapitre 13 sur 29 · Il ••l J 3cSl · texte numérisé non relu

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DATE de la fondation

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La gestion de chacun de ces établissements est remise à un gouverneur assisté de plusieurs directeurs, et jusqu'au récent changement des lois anglaises sur les sociétés, leurs actionnaires étaient solidaires des obligations sociales sur l'ensemble de leur fortune personnelle. Le principe contraire de la société anonyme, admis aujourd'hui pour toute compagnie qui se délare à responsabilité limitée (4), ne régissait que la Banque d'Écosse, la Banque royale d'Écosse, et la British linen company, fondées en vertu d'actes spéciaux du parlement. C'étaient, ainsi que les autres, des joint-stock banks, mais elles étaient incorporées»

Cette solidarité entre les actionnaires avait, à l'origine, produit en Écosse d'aussi funestes effets qu'en Angleterre. Il en était également résulté que le capital des banques et le nombre de leurs fondateurs étaient fort restreints. Mais, je viens de le rappeler, la concurrence avait suffi pour décharger les banques de ces défauts, que semblait leur imposer la loi. De cette solidarité provenait encore que les actions des banques d'Écosse se pouvaient seulement transférer nominativement, et que le transfert n'en était valable qu'autant qu'il avait été transcrit sur les registres de la compagnie. On avait voulu que les administrateurs, avertis de la sorte, eussent la faculté de prendre par préférence, pour la société, les titres dont un actionnaire voulait se défaire. Il avait paru utile qu'ils pussent empêcher l'introduction, dans la compagnie, d'un actionnaire insolvable.

Nous n'avions en France, il y a quelques années encore, que des billets de 200 francs au moins ; nous n'en possédons pas maintenant au-dessous de 400 francs, et les banques anglaises n'en livrent pas de moins de 5 liv. sterl. Les banques d'Écosse, elles, en émettent de 100 liv. sterl., de 20 liv. sterl., de 5 liv.

(1) H suffit qu'elles fassent suivre le nom qu'elles prennent des deux lettres L. L. (Umited liability).

sterl., d'une livre et un shilling, et enfin d'une livre. Elles avaient même, depuis le commencement du siècle jusqu'en 1814, grâce à la disette du numéraire de cette époque, des billets de 3 shillings. Quant à la circulation des petits billets, l'enquête parlementaire de 1826 a constaté que, sur une circulation totale de 3,309,082 liv. sterl., 2,079,344 liv. se composaient de billets au-dessous de 5 livres. En 1836, sur une circulation totale de 3,800,000 ilw. sterl., les deux tiers étaient en billets également de moins de 5 liv. En 1848, la proportion des billets de moins de 5 liv. était à peu près restée la même qu'en 1836, pour une circulation totale de 3,180,748 liv. sterl. M. Blair, trésorier de la banque d'Écosse, estimait en outre, devant la commission de la chambre des communes, en 1841, que chaque billet rentrait en moyenne tous les dix ou tous les onze jours à la banque qui l'avait livré.

Ainsi, malgré la liberté qu'avaient, en Écosse, les banques d'émettre du papier autant qu'il leur convenait, et à peu près de telle sorte qu'elles le voulaient, elles restaient, à cet égard, dans des limites assez étroites : celles qu'elles ont encore ou peu s'en faut, et elles réglaient uniquement le montant comme la nature de leurs billets sur les besoins du public. Le numéraire cependant est presque repoussé de la circulation de ce pays, où n'y paraît en réalité que pour former les appoints. Mac Culloch estimait, en 1 838 , le montant de tout le numéraire circulant de l'Écosse à 500,000 liv. C'est qu'où rien ne contrarie l'ordre naturel des choses, tout s'ordonne, tout se mesure, tout demeure dans les justes proportions des intérêts à satisfaire et des services à rendre. Pourquoi des écus, lorsqu'il, y a du papier offrant toute sécurité? Et comment rencontrer un papier trop multiplié, lorsque, en outre du contrôle du public sur les banques et de celui qu'elles exercent incessamment (I)

(1) Par les échanges de billets dont je parlerai bientôt.

les unes sur les autres, l'activité de la circulation et les habitudes de crédit qu'elles ont répandues, font qu'il suffit de peu d'effets pour pourvoir à toutes les transactions? La pensée d'Adam Smith sur la circulation (1) revient sans cesse lorsqu'on étudie le passé des banques d'Écosse : avec des voies de communication très-perfectionnées, peu de véhicules transportent des populations entières ; tandis que, avec de mauvaises routes, la lenteur des voyages et les difficultés de la traction obligent à beaucoup augmenter ces véhicules, sans pouvoir en attendre les mêmes bienfaits.

M. Wilson assure que tout le mouvement commercial de l'Ecosse s'effectue « avec une circulation qui n'excède pas 3,500,000 liv., en y comprenant les billets de toutes valeurs, depuis une livre et au-dessus, alors que la circulation de l'Angleterre, en numéraire et en billets, ne peut pas être évaluée à moins de 50 à 60 millions de livres. La population de l'Angleterre et du pays de Galles est six fois plus grande que celle de l'Ecosse, ajoute-t-il ; en conséquence, une circulation de 21 millions de livres devrait suffire à y effectuer tous les échanges, aussi bien que 3,500,000 liv. en Écosse. Et l'on ne peut pas dire que cette différence vienne de ce que le commerce de l'Angleterre soit plus considérable. Il est d'abord douteux qu'il en soit ainsi, mais que cela soit ou non, ce ne sont pas les grandes transactions commerciales qui exigent surtout l'emploi du numéraire ou des billets, dont l'usage est plutôt confiné dans les ventes au détail, les payements de salaires et les consommations privées (2). »

A l'occasion de la circulation des banques écossaises, je ferai pareillement observer combien les petites coupures sont utiles, puisqu'elles en composent, à elles seules, tes deux tiers. Ce

(1) Adam Smith parlait de la circulation monétaire.

(2) Capital, currency and banking, Londres, 1847.

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sont à la fois, chose non moins remarquable, celles qui restent le plus longtemps dans le courant des affaires, avant de revenir aux banques. La raison indique aussi bien qu'où la population se fie aux institutions de crédit, leurs billets ne leur retournent que quand on a besoin d en avoir la monnaie, ou lorsque cessent les transactions qui les sollicitent. Or ce sont de tous ces titres les petites coupures qui peuvent intervenir dans le plus de marchés, et qui, par conséquent, se présentent les dernières aux caisses qui les doivent rembourser. Je montrais dans mon précédent chapitre que le motif principal qui a déterminé le parlement à défendre les petits billets en Angleterre, c'est qu'ils ont paru plus sujets que les autres aux falsifications; mais, en Écosse, rien n'a justifié une semblable crainte ou une pareille accusation. Les banques s'y sont montrées plus attentives dans la confection de leurs billets qu'en Angleterre, et toute fraude est demeurée impossible. Il en est delà circulation des banques comme des banques elles-mêmes, et de tous les éléments de la production ou des échanges ; son étendue entraine sa sécurité. Sur une large base, chaque risque local ou spécial disparait ou se compense. Les vapeurs qui s'élèvent, aux premiers rayons du soleil, dans un étroit vallon, engendrent un orage, et lorsqu'elles s'élèvent de toutes parts sur l'immense Océan, elles ne forment que de douces et fécondantes rosées.

En Écosse, du reste, la vérification des billets s'opère sans cesse par les banques elles-mêmes, et cela explique qu'au sein d'un pays où chacun a pleine confiance en ces institutions, leurs billets restent si peu de temps, dix ou onze jours à peine, sans leur revenir. Il existe effectivement entre toutes les banques d'Ecosse une règle, un usage admirable pour faciliter leurs affaires, et sauvegarder, à tous égards, les intérêts du public. 11 consiste en ce que le mardi et le vendredi de chaque semaine, les agents des banques s'assemblent dans une

'salle commune, à Edimbourg, et échangent entre eux les billets qu'ils détiennent, de manière que chacun de ces établissements rentre en possession de ceux qu'il a émis. Quant aux différences qui naissent de ces échanges, elles se soldent, pour les sommes considérables, en bons de l'échiquier, et, pour les sommes au-dessous de 4 ,000 liv. en bons de l'échiquier, en billets de la banque d'Angleterre ou de l'une des trois banques incorpérées de l'Ecosse, et en espèces. Par suite d'un tel usage, les banques dont le siège n'est pas à Edimbourg et qui n'y possèdent point de succursale, y correspon dent avec un agent, le plus habituellement une des banques de la ville, et lui adressent, à mesure qu'elles les reçoivent, les billets des autres banques, pour qu'il les livre à ces dernières contre les billets qu'elles ont elles-mêmes mis en circulation, et qu'il leur renvoie ensuite. Les banques de l'ouest de l'Écosse échangent môme deux autres fois par semaine leurs billets à Glascow. Mais celles-ci règlent leurs comptes, pour ces derniers trocs, par des mandats sur leurs représentants d'Édimbourg, où se fait ainsi chaque liquidation définitive du crédit. Suivant la marche générale de la civilisation, l'ancienne capitale est devenue le comptoir du négoce (4).

On le voit, ces échanges constituent une opération toute semblable à celle des banquiers de Londres au Clearing-house. Il en résulte qu'aussitôt qu'une banque aurait une trop forte circulation, non-seulement les autres et tout le public en seraient informés, mais son papier lui revenant aussitôt, il lui faudrait acheter, pour le rembourser, des bills de l'échiquier

ou du numéraire. Elle souffrirait avant tous autres de son imprévoyance ; elle en porterait dès le premier jour la peine. On ne peut plus compter sur l'imprévu quand deux fois par

(1) L'échange des billets se fait le mardi à l'hôtel de la banque d'Écosse, et le vendredi à celui de la banque royale. Tous les comptes, ainsi réglés, sont transcrits dans un registre à cet effet.

semaine on se trouve en présence de sa circulation entière. La fortune alors perd son bandeau, le hasard fuit; il ne reste pour tous que la sagesse et l'évidence des faits. Chacune des banques écossaises agit, fonctionne vraiment dans la maison de verre rêvée par un philosophe de l'antiquité : il n'est pas un de ses actes dont elle ne ressente à l'instant les conséquences. Ce qui contribue aussi beaucoup à l'heureuse surveillance qu elles excercent les unes sur les autres, c'est la quantité de comptoirs qu'elles possèdent dans toute l'étendue du pays. La moindre irrégularité de l'une d'elles serait encore par là connue des autres, qui dès lors refuseraient son papier. Enfin ces échanges, faisant sans cesse rentrer aux banques les billets qu'elles émettent, n'en restreignent-ils pas aussi beaucoup le nombre ? Et cela justifie cette remarque de Macleod que l'ensemble des billets dépend surtout de la manière de faire les affaires (4).

Un tel usage d'échanges entre les banques est tenu pour une garantie si importante en Écosse, et par les banques ellesmêmes pour un avantage si notable, que les banques d'Angleterre qui veulent faire accepter leur papier dans ce pays, s'y soumettent constamment. La Banque commerciale, par exemple, représente, à Édimbourg, pour ses trocs de billets, la Banque de la ville et du district de Carliste. Et il est naturel qu'il en soit ainsi; alors que les banques d'Angleterre, dit M. Logan, ont fait de nombreuses faillites, et ont causé des pertes incalculables, les banques d'Écosse n'ont fourni que quatre exemples de suspension de payements, et les pertes qu'elles ont imposées au public, depuis un siècle et demi, ne dépassent pas une somme de 25,504 livres (2). Loin même d'avoir engendré des crises financières, elles les

(1) V. Macleod, Theory and praclice ofbanking, t II, ch. xrv.

(2) Dans un très-bon petit livre intitulé : The scotish banker. - M. Logan est un des administrateurs de la national bank of Scolland.

ont toujours prévenues. Lorsqu'en 4824, pour ne citer que quelques faits, les banques anglaises cédaient avec tant d'unanimité à l'entraînement industriel qui emportait le Royaume- Uni tout entier, pour produire à sa suite de si dures catastrophes, de si cruels malheurs, les banques d'Écosse restreignaient leurs opérations. En 1836 et en 1847 de môme, plusieurs des premières sont tombées, en accumulant d'innombrables ruines autour d'elles; tandis qu'aucune des secondes n'a suspendu le cours ordinaire de ses services. Aussi les Écossais préfèrent-ils le papier de leurs banques à l'or, et donnent-ils à faire à ces établissements à peu près toutes leurs recettes et tous leurs payements, économisant de la sorte une énorme quantité de numéraire.

Les échanges dont je viens de parler sont généraux, universels en Écosse ; mais ils existent aussi maintenant en Angleterre entre beaucoup de banques de province. Ils s'y font seulement de façon moins simple et moins profitable. Car les banques anglaises, après avoir échangé leurs billets entre elles, se payent presque toujours les différences qui en résultent, par des bons tirés sur les banquiers de Londres avec lesquels elles correspondent, et qui se les transmettent eux-mêmes les uns aux autres au Clearing-kouse 0). Ces échanges ne s'opèrent jamais, en outre, qu'entre banques d'un même comté ou d'une même ville. Celles de Newcastle, par exemple, liquident chaque jour leurs comptes réciproques au moyen du crédit que leur a ouvert la succursale de la banque centrale fondée dans cette ville. En Irlande, depuis que les banques ont obtenu de pouvoir s'établir à Dublin, elles ont également un système d'échange de billets, semblable à celui qui se pratique à Edimbourg. Il ne faut pour tous les progrès que la concurrence ; la liberté triomphe où la réglementation échoue.

(1) Cela explique que les bons échangés au Clearing-house s'élèvent a une somme aussi considérable.

Pauvre ou riche à la fois, presque chaque Écossais, au lieu de porter ses capitaux aux caisses d'épargne ou d'en acheter des rentes sur l'État, les confie aux banques, sans se montrer jamais inquiet du remboursement, tant ces institutions paraissent solides et bien conduites. Se rappelle-t-on qu'elles aient, à nulle époque, en effet, été assaillies de demandes soudaines ou considérables, ou de la part des déposants, ou de la part des porteurs de billets ? Et cela peut-il étonner, après avoir vu combien peu, parmi nous, ont influé sur le montant des versements aux caisses d'épargne, les paniques ou les crises industrielles (4), depuis que le peuple a pris confiance dans ces établissements ?

Les banques d'Écosse touchent, d'ailleurs, à titre de dépôt, toute somme au-dessus de 40 liv. sterl., et elles en payent l'intérêt à 2 4/2 ou 3 p. 400. Elles en donnaient autrefois 4 p. 400, taux ordinaire encore de Tintérêt qu'elles prélèvent pour leurs avances. On estimait naguère que les espèces déposées dans leurs caisses dépassaient, à l'habitude, 25 millions sterl., dont la moitié consistait en dépôts de 40 à 200 liv. sterl. M. J. Wilson les a portées, en 4 847, a plus de 30 millions sterl. ; somme double du montant des billets alors en circulation, joint à celui du capital réalisé par toutes ces banques. Depuis, Macleod les évalue à 40 millions sterl. (2). Elles conservent, en outre, pour les dépôts, les règles les plus larges. À partir du milieu du siècle dernier, elles ont permis de les retirer sans aucun avertissement préalable ; elles en payent l'intérêt du premier jour au dernier, et elles considèrent comme dépôt toute balance de compte courant au profit de leurs clients.

Que d'avantages dans de telles coutumes 1 Combien les banques qui .les maintiennent remplissent-elles utilement

(1 ) Bien entendu, je ne parle pas des révolutions.

(2) V. Macleod, Theory andpraclice ofbanking, ch. vil, p. 419.

leurs premières fonctions, qui sont de recueillir les valeurs disponibles de la société, pour les livrer à la production ! Quels bienfaits il en provient! Lorsque ces valeurs ne sont attirées vers de tels établissements par aucun avantage, elles demeurent stériles entre les mains des particuliers ou viennent alimenter les inutiles opérations des bourses publiques. Au lieu de profiter à l'industrie, elles ne servent qu'à l'agiotage, et une barrière existe encore entre le numéraire oisif, toujours considérable, et les entreprises qui réclament des capitaux, toujours nombreuses. Il importe beaucoup, tout ensemble, de considérer combien le gain que procurent des économies porte à les multiplier. Calculez les sommes qui se perdaient autrefois au cabaret et qui maintenant se déposent à la caisse d'épargne. Or par l'épargne, par l'économie seulement se forment les capitaux, ces éléments par excellence du travail, cette hase assurée de la richesse, cette première cause d'amélioration du sort de tous les hommes. « Comme les banques d'Ecosse, dit M. Wilson (1), et je pourrais citer de semblables remarques de MM. Robert Paul, Kinnear, Gibson, Graig, qui se sont occupés, en ces derniers temps, des mêmes banques sous ce rapport; comme les banques d'Écosse allouent un égal intérêt pour quelque courte durée de temps que le dépôt soit fait, il en résulte que presque chaque homme se fait ouvrir un compte dans une banque, où il verse chaque soir ce qu'il a pu économiser dans la journée, afin de ne pas perdre même l'intérêt d'un jour. Cette économie chez chacun fait épargner l'argent de la circulation jusqu'au dernier degré du possible ; on ne garde chez soi, même pour un jour, que la somme qui est absolument nécessaire. » Considérez encore tout ce qui provient de ces usages dans la situation morale et économique d'un peuple. On l'a déjà dit, elles remplissent, aussi bien qu'il se peut, leurs fonctions d'attraction.

(t) V. Wilson, Capital, currency and banking, art. 3.

C'est cependant dans l'importance do leurs dépôts que quelques personnes ont vu l'un de leurs principaux défauts. « Au lieu de grossir le passif de ces banques, qui est aujourd'hui dans une effrayante disproportion avec le chiffre de leur capital réalisé, écrit Coquelin (4), les dépôts devraient s'ajouter à leur actif. C'est alors que les banques d'Écosse se trouveraient dans une situation normale ; tandis qu'aujourd'hui, malgré la sagesse de leur conduite et leur succès constants, elles se trouvent évidemment dans une situation violente, forcée. » Mais Coquelin se trompe en croyant que le capital des banques d'Écosse soit très-minime, et qu'elles emploient la plupart de leurs dépôts en achats d'effets publics à la bourse de Londres. J'ai montré précédemment quel est le capital de chacune d'elles. L'importance de ce capital est même l'une des différences qui distinguent le mieux les institutions de crédit de l'Écosse de celles de TAngleteare, bien que ces dernières n'aient plus de ressources aussi faibles qu'autrefois. Loin également de porter leurs espèces à la bourse de Londres, où elles ne trouveraient que de très-médiocres placements, les banques écossaises les reversent, pour l'immense majorité, aux manufactures, au commerce, à l'agriculture de leur pays. Les auteurs les plus compétents, entre autres M. Wilson (2), attribuent tous les perfectionnements industriels de l'Écosse à l'excitation et à ^application sur les lieux, aux stimulants et à l'utile emploi des épargnes de ce peuple par ses banques. Enfin Coquelin pense que, par suite de la crainte qu'elles éprouvent de se voir retirer subitement leurs dépôts, les banques sont obligées de conserver dans leurs coffres des sommes très-considérables. Il n'en est rien encore. D'après les publications officielles de la Gazette de Londres, la moyenne de

(1) V. Coquelin, du Crédit des Banques, p. 357.

(2) Capital, currency and banking. Dans cet ouvrage, M. Wilson faille plus magnifique éloge des banques d'Écosse.

rencaisse des banques écossaises, en 1848 et en 1849, années si profondément troublées cependant, n'a pas dépassé 1 million 40 mille liv. sterl. Avant le billde 1845, elle s'élevait à 4, 5, 600 mille livres au plus. Je le répète, jamais l'Écossc n'a vu de course sur les banques, grâce à la solidité qu'elles n'ont cessé de présenter au public. Pourquoi donc auraient-elles autrefois gardé ou garderaient-elles maintenant enfouis dans leurs coffres des capitaux importants? Le bill de 1845, en les obligeant néanmoins à posséder un encaisse plus considérable, les a forcées de rendre leurs conditions plus difficiles. Il les a contraintes, par suite, à s'exposer à des retraits plus nombreux, plus soudains et à diminuer surtout leurs crédits à découvert. Toujours, dit bien M. Gilbart à ce propos, une restriction sur les banques est une taxe sur le public (1).

Grâce aux faibles sommes qu'elles acceptent à titre de dépôt, beaucoup leur sont faits par des ouvriers, des marins, des domestiques. Ceux-ci portent leurs premières épargnes aux saving banksou. aux provident banks, qui reçoivent des apports de moins de 10 liv. sterl., et lorsqu'elles ont atteint ce chiffre, ils les versent aux banques, qui ne leur imposent plus ensuite de limites, à l'opposé de ce qui si malheureusement existe parmi nous pour les dépôts des caisses d'épargne. L'ouvrier économe ne rencontre ainsi nulle entrave, nul obstacle, en Écosse, jusqu'à ce qu'il se soit amassé un capital suffisant pour se mettre à la tête d'un atelier ou d'une ferme, pour entreprendre quelque industrie ou quelque négoce. Bien plus, s'il ne veut attendre jusque-là pour monter le plus difficile degré de l'échelle sociale, pour passer de la condition d'ouvrier à celle de maître, la banque qui reçoit habituellement ses éco-

(1) V. M. Gilbart, A practical treatise on banking, t. II, p. 564, 565.— A\ant la mise en pratique du bill de 4845, rencaisse des banques était de 4, 5, G00 mille litres au plus; aussitôt après, il est passé a plus d'un million sterling, et s'y est maintenu.

nomies, et le connaît pour laborieux, prévoyant, soigneux de ses intérêts, est disposée à lui ouvrir un prêt sur caution, un cash-account .

Nul dépôt préalable n'est même nécessaire en Ecosse, pour qu'on profite d'une pareille, faveur. Toute personne, quoique dénuée de capital, mais avantageusement connue, qui présente à l'une des banques de ce pays, deux cautions solvables, l'obtient. 11 suffit de la sorte à un jeune homme, à l'entrée de la carrière industrielle, d'avoir de bons antécédents et deux répondants honorables, pour disposer d'avances qui ne sont jamais moindres de 50 liv. sterl., et s'élèvent souvent jusqu'à 2,000 liv. sterl., et quelquefois au-dessus. On estime à 6 millions sterl. le montant de tels crédits ouverts, en ce moment, k\ 0 ou \ \ ,000 personnes, qui les peuvent rembourser comme il leur convient, jour par jour et par les sommes les plus faibles. Cet usage, dont l'introduction est due à la Royal-Bank, a plus fait, dit Macleod, pour développer les ressources de l'Écosse, sa prospérité commerciale et agricole, que toute autre chose (4). En 1826, il a été constaté que le nombre des cash-accounts s'élevait à près de 1 0,000, et que leur importance totale était de 5 millions sterl. Je le répète, le crédit est offert en Écosse à toutes les classes de la société, et le crédit est une des voies les plus sûres qui mènent à la richesse, à la considération, à la puissance. Avec un capital ou du crédit, la fainéantise seule reste au bas des degrés du monde, le travail et la prévoyance s'élèvent aisément aux sphères les plus ambitionnées.

Les banques sortiraient toutefois de leurs véritables attributions si elles accordaient sur une trop vaste échelle des crédits à découvert. Elles doivent toujours prendre garde à ne point immobiliser les capitaux dont elles disposent. Il est vrai que les cautions qu'exigent en ce cas les banques d'Écosse,

(1). V. Macleod, Theory and practice of banking, t. I, ch. VII.

rendent ces crédits à peu de chose près semblables à leurs prêts ordinaires, pourvu qu'ils ne soient pas à trop long terme ; et rien n'en diminue le mérite lorsqu'ils s'appliquent aux industriels, aux commerçants ou aux agriculteurs, pour satisfaire à des besoins soudains ou passagers.

Voilà les premières banques libres dont je parle, celles au moins qui l'ont été jusqu'à notre temps, et qui le sont le plus encore de» toutes celles que j'ai déjà décrites, et leurs services, non moins que leur stabilité les montrent comme les meilleures. Elles fonctionnent admirablement pour recueillir les épargnes et les valeurs oisives de la société, par l'exiguïté des dépôts qu'elles admettent, par l'intérêt qu elles en payent et les facilités qu'elles donnent pour les retirer. Elles opèrent parfaitement, d'autre part, pour reverser ces valeurs à l'industrie ; car elles prêtent seulement à 4 p. 400, elles escomptent tout papier valable, sans imposer de coûteuses formalités, elles tiennent des comptes ouverts, en servant l'intérêt des sommes dont elles se touvent débitrices, et délivrent des crédits sur la garantie de simples cautions. Grâce à leurs nombreuses succursales et à leurs constantes relations les unes avec les autres, en outre, les billets qu'elles émettent se placent et se remboursent à peu près partout, de même que partout elles reçoivent ou prêtent des capitaux , escomptent des effets ou offrent des comptes à découvert. Quelles sont donc les principales fonctions des banques, celles d'après lesquelles il convient surtout de les juger, quelles ne remplissent pas de la façon la plus heureuse? Et, par leurs succursales encore et leurs échanges de billets à Édimbourg et à Glascow, que souhaiter pour les services qu'elles rendent, en ce qui regarde les virements de comptes et le change de place en place?

Reste à examiner les garanties qu'elles offrent. Eh bien, je le répète, depuis un siècle et demi, elles n'ont fait perdre que

25,504 liv sterl. Loin de causer de redoutables embarras, elles ont préservé l'Écosse de toute crise financière. Leur circulation en papier dépasse à peine la somme de leurs capitaux, dont elles ne retirent , d'ailleurs , que des dividendes assez limités (4 ) ,comme toutes les entreprises faites autant pour le pays que pour leurs directeurs. Enfin, qu'ai-je besoin de rappeler leurs échanges mutuels, leur surveillance incessante des unes sur les autres et du public sur toutes?

On n'inspire point de confiance quand on ne la mérite pas, et quel plus bel éloge faire d'institutions de crédit que de dire qu'on ne se souvient d'aucune circonstance où les déposants aient en foule réclamé leurs capitaux , ni les détenteurs de billets le payement de leurs créances? C'est aussi bien cette confiance qui leur permet, sans imprudence ni préjudice, de recevoir des dépôts aussi considérables, ou d'ouvrir autant de comptes à découverts, de même qu'elle rend compte, avec la rapidité de la circulation qu'elle entraîne en partie (car cette rapidité dépend également des relations réciproques des banques et de leurs comptoirs) , qu'une émission aussi minime rende des services aussi nombreux. Lorsqu'en présence de pareils faits on entend répéter les erreurs toujours si répandues sur les franchisesdu créditai semble vraiment écouter les anciens sarcasmes des Américains sur le premier bateau à vapeur qui sillonnait leurs eaux, le Fulton-folly, en face d'un des magnifiques steamers qui, chaque jour, traversent maintenant les mers. Que de fois la vérité semble ne pas avoir plus de succès qu'elle n'en avait pour Gil Blas chez l'archevêque de Grenade l

Je disais, dans mon précédent chapitre, que la circulation

(1) M. Robert Bail remarque avec juste raison cette élévation de capital et cette restriction de dividende a l'honneur des banques écossaises, dans ses lettres à M. Gilbart, Sur le mérite relatif du système des banques d^Êcosse et £ Angleterre. M. Bail est manager de la banque de la ville de Glacow. Ses lettres n'ont pas été traduites. .

des banques, loin d'être, comme on le pense généralement, à leur seule disposition, provient surtout des besoins et des demandes du commerce : il est facile de s'en convaincre en Écosse. Chaque année, la circulation des banques y reste trèsfaible au mois de mars, s'y relève au mois de mai, y retombe ensuite, moins bas cependant qu'au mois de mars, pour atteindre enfin son plus haut niveau au mois de novembre. C'est qu'en mai et en .novembre se font la plupart des payements en Écosse. On y a plus besoin, en conséquence, à ces deux époques de l'année, de moyens de liquidation, et toutes les transactions y sont établies payables en billets de banque, au lieu de l'être, comme à Londres, en bons, en chèques sur les banquiers. Les différences qui se remarquent depuis longtemps d'une année à l'autre entre les mêmes mois sont à peine sensibles, que le nombre des banques ait augmenté, comme il en a été de 4834 à 1839, ou qu'il ait diminué, comme cela s'est réalisé depuis cette dernière année, qu'on se reporte avant ou après le bill de 4845 (4). C'est la justification de cette parole d'un des derniers économistes anglais, que, « dans les temps

(1) État de la circulation des banques d'Ecosse :

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