De la morale dans l'antiquité
Ce volume trop court est un témoignage, ajouté à tant d’autres, de la vanité de nos projets et de la brièveté de notre vie. Ce n’élail rien moins qu’une histoire complète de la morale dans l’antiquité que M. Garnier voulait écrire, en étudiant et en comparant entre eux tous les monuments de la sagesse antique, depuis les sentences éparses et les apophlhegmes concis des sages de la Grèce jusqu’aux admirables pensées de Marc- Auréle. L’auteur de cette histoire devait rencontrer sur cette "longue route les noms de Socrate, de Xénoplion, de Platon, d’Aristote, de Cicéron, de Sénèque, d’Épictète, de Plutarque, et ainsi s’était développé à ses yeux le plan d’un vaste et savant ouvrage. 11 ne se proposait pas seulement de recueillir et d’exposer avec clarté les idées de ces
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écrivains immortels sur la morale; il voulait, selon son usage, tirer une conclusion de celte consciencieuse étude et se servir des lumières qu’il y aurait trouvées pour résoudre deux grandes questions qui s’imposaient à son esprit. Arrivé au terme de cette revue d’opinions, il avait résolu de se demander : premièrement, quelle est la nature de la morale, si elle est un produit de l’intérêt, une inspiration du sentiment ou une conception de l’intelligence? secondement, à combien de principes irréductibles la morale peut elle se ramener? Et, avec son besoin accoutumé de précision et de clarté, il aspirait à donner sur ces grandes questions des réponses assez solides pour assurer à la science de la morale une certitude égale à celle de la géométrie.
D’un si noble projet il ne reste que cette ébauche, intéressante à plus d’un titre et digne de l’auteur du Traité des facultés de l’âme par la rigueur des analyses et par la précision du langage. Les sages de la Grèce, Socrate et Xénophon, sont les trois sujets de cette première étude, et lorsqu’on en achève la lecture trop rapide, on ne peut voir sans un serrement de cœur le terrain manquer tout à coup sous les pas de celui qui s’était tracé une si longue carrière.
M. Garnier nous fait donc assister aux débuts de la sagesse antique, à la naissance de la philosophie morale de la Grèce et de Rome qui ne cessera de s’élever, en s’épurant, jusqu’aux sublimes sentences d’un Marc4urèle, mais qui gardera jusqu’au bout, comme une marque ineffaçable de son origine, de
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ce caractère d’utilité pratique, de prudence terrestre, d’heureux calcul, de modération politique, si différent de l’élan généreux et irréfléchi de la morale chrétienne. Les préceptes de morale attribués aux sages de la Grèce sont assez analogues à des préceptes d’agriculture : c’est l’art de cultiver la vie comme un champ, et de lui faire produire en ce monde même une abondante moisson; ce sont des conseils souvent naïfs dans leur forme, mais toujours profonds par le sens, sur les moyens d’éviter les maux de ce monde, tels que le danger, la pauvreté, l’opprobre, le ridicule, et d’en conquérir les avantages, c’est-à-dire la sécurité, la fortune, la considération, la gloire. Parfois le ton de ces conseils s’élève sans leur rien enlever de leur brièveté saisissante, et ils expriment avec une majesté simple les idées les plus capables de bien régler ou de soutenir le cœur de l’homme, comme celte maxime gravée sur un Hermès à côté de l’indication de la roule à suivre : « Voyageur, chemine, en pensant à la justice ! » ou comme cette autre encore : « Honore l’espérance, marche à ton but sans crainte ; » mais celle élévation même ne dépasse jamais un certain point qui paraît infranchissable à celte sagesse primitive, et les idérs absolument désintéressées que le christianisme a rendues familières à nos esprits, s’il n’a pas réussi à en faire la règle de nos mœurs, en sont toujours absentes. C’est pourtant dans ces conseils pratiques du premier âge qu’il faut chercher la source et l’esprit de la morale antique; et Socrate lui-même, préoc-
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cupé surtout de démontrer l’accord du juste avec l’utile et l’intérêt bien entendu qui doit nous porter à bien faire, semblera d’abord l’héritier légitime et le commentateur ingénieux de ces anciens sages.
Mais avec quelle finesse et quelle grandeur d’âme il féconde et accroît cet héritage, sans parler de l’exemple impérissable de sa vie et de sa mort. Modéré en toutes choses, défenseur infatigable et spirituel de la justice et du bon sens, menacé du supplice sous les trente tyrans comme ami de la liberté, et proscrit après leur chute comme suspect à la démocratie dont il avait raillé les erreurs, témoignant enfin par sa conduite à sa dernière heure de ce qu’il y avait de sérieux, de profond et d’héroïque dans son aimable et facile vertu, Socrate est resté à juste litre, dans la mémoire des hommes, le modèle le plus accompli de ce que notre race bien cultivée peut produire. Cependant il n’avait pas seulement pratiqué la vertu, il l’avait enseignée, et, ramenant à un seul principe les divers motifs qui peuvent engager l’homme à se bien conduire, il avait déclaré la vertu identique avec la connaissance de la vérité et avec le bonheur. Qu’est-ce, en effet, quela connaissance de la vérité si ce n’est la notion claire et complète de notre destinée véritable ici-bas, des devoirsque nous sommes chargés d’y remplir et de la satisfaction attachée à l’accomplissement de ces devoirs ? Préférer la jouissance trompeuse et passagère qui peut résulter d’un oubli » du devoir à la jouissance solide et durable qu’en procure l’accomplissement, qu’est-ce autre chose ijue se
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tromper et que laisser échapper à la fois, par un faux calcul, la vérité et le bonheur en même temps que la vertu? Le sage sera donc vertueux parce que, instruit de la condition humaine, il met les choses de ce monde dans l’ordre qu’elles doivent .avoir et place la vertu au-dessus de tout le reste; et il sera en même temps heureux, parce qu’il ne doutera pas qu’en possédant la vertu il ne possède le plus grand des biens, ou, pour mieux dire, le seul bien réel qu’il soit donné à l’homme d’atteindre ici-bas.
En résumant cette doctrine de l’identité de la vertu avec la connaissance de la vérité et avec le bonheur, M. Garnier fait remarquer qu’elle ne lient pas assez compte de l’effort et par conséquent de la peine attachée à la pratique de la vertu , et qu’en outre présenter la vertu comme l’objet le plus agréable ici-bas, et la recommander à litre de plaisir, c’est lui enlever le caractère d’obligation et de commandement rigoureux que lui donne la conscience. Sur ces deux points cependant, la défense de Socrate est loin de nous paraître impossible. Dire en effet que la vertu,’ inspirée par la connaissance de la vérité , est identique avec le bonheur, ce n’est points’obliger par là même à nier qu’un effort ne soit nécessaire pour préférer ce grand et solide bonheur aux joies vives et séduisantes, quoique fausses et passagères, qui peuvent en détourner l’homme. La vertu inspirée par la connaissance de la vérité n’est autre chose qu’un certain ordre rationnellement établi par nous entre les biens de ce monde, et que le juste discernement de ceux
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de ces biens que noire propre intérêt doit nous faire préférer à tous les autres. Mais cette connaissance et ce discernement n’empêchent point qu’en passant à côté de ces biens secondaires pour aller droit au bien véritable, nous n’éprouvions une sorte d’attraction qui est capable de troubler un instant notre marche et qui ne peut être vaincue que par un effort. C’est ainsi que chaque planète, comme notre terre elle-même, tout en suivant sa route autour du soleil, est troublée dans son cours par l'attraction des corps qui l’avoisinent, et que les calculs astronomiques tiennent toujours compte de ces perturbations. Cette marche régulière et invincible dans sa direction principale, quoique troublée, est l’image de la vie de l’homme que la raison conduit à la vertu à travers les tentations de sa route et malgré les déviations passagères.
L’effort n’est donc pas exclu de la vertu telle que la comprend Socrate ; maintenant cet effort, qui est sur le chemin de la vertu et qui diminue à mesure qu’on en approche davantage exclut-il le bonheur? Il exclut sans doute le bonheur absolu tel que nous pouvons plutôt l’imaginer que le concevoir; mais il n’exclut nullement cette satisfaction relative à laquelle il nous faut bien dans ce monde donner, faute de mieux, le nom de bonheur. Je dirai volontiers avec Socrate, en dépit des apparences contraires, que nul ne faille bien s’il n’y trouve son plaisir, ou, pour parler plus exactement, que nul ne fait le bien s’il n’éprouve à le faire moins de peine qu’en tenant une conduite op-
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posée. Quand nous bravons, par exemple, de grandes douleurs ou de vifs chagrins pour accomplir un devoir, quel est le secret de notre courage, sinon que la conduite contraire nous causerait une souffrance morale plus intolérable encore, et qu’à côté de cette souffrance les autres douleurs nous paraissent, sinon légères, du moins faciles à supporter? C’est donc la recherche du plus grand bien ou, si l’on veut, delà moindre peine morale, qui nous conduit vers le devoir tel qûe nous l’avons conçu, alors même que nous paraissons lui faire les plus courageux sacrifices; mais c’est précisément le discernement de ce plus grand bien ou de cette moindre peine morale et la préférence que nous lui donnons sur tout le reste qui s’appellent vertu dans le langage ordinaire des hommes. Or, ce discernement et cette préférence de la moindre peine à la plus forte ne sont autre chose que cette connaissance delà vérité, et que ce bonheur que Socrate déclare identiques avec la vertu.
Quant à ce saint aspect d’obligation morale et de commandement de la conscience que Socrate courrait, dit-on, le risque d’enlever à la vertu en déclarant qu’elle est dans l’intérêt bien entendu de l’homme et en la confondant avec la recherche du bonheur, nous croyons que la doctrine socratique no dépouille point nécessairement la vertu de ce grand caractère. Il faut seulement se rendre compte de ce qu’on entend par cette obligation morale et par ce commandement de la conscience. Au milieu de créatures dénuées de moralité et sans autre règle que la
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satisfaction de leurs appétits corporels, l’homme se ' sent né pour une existence plus noble. Un instinct j merveilleux l’avertit qu’il y a pour lui en ce monde d’autres devoirs que de se procurer les choses nécessaires à la vie, d’autres jouissances que celles du corps. S’il cède à cet instinct qui l’élève, il sent son âme s’agrandir, il entrevoit de nouveaux horizons, il passe d’un devoir facile à un devoir difficile, il en conçoit sans cesse de plus étendus ou de plus délicats, il avance dans la vie morale et ne peut ÿ faire un seul pas sans se sentir ennobli. Si, au contraire, il évite d’écouter cet instinct qui le pousse à la vie morale, s’il cherche à l’anéantir, comme un hôte importun introduit mal à propos dans son âme, il y ] réussit à la longue, car, à la différence des besoins matériels, les besoins moraux non satisfaits s’étei- i gnent; mais il n’y réussit pas sans que cet instinct ne proteste et ne se débatte sous la main grossière qui veut l’étouffer. Cette voix de la conscience qui pousse l’homme dans l’arène de la vie morale, et qui gémit s’il refuse lâchement d’y entrer ou s’il veut en sortir, n’est autre chose que le cri de la vocation de l’homme. Cette vocation est tout aussi impérieuse que les vocations moins nobles qu’il a en commun avec le reste des créatures; car cette partie élevée de son âme a faim et soif de justice, de devoir accompli, de dévouement, do générosité, de vérité et de beauté, comme l’autre partie de son être a faim et soif de chair et de sang. Et de même que cette vocation morale se soulève et crie si on l’étouffe, elle se déclare satisfaite si
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on lui cède, et l’homme qui la suit sent qu’il accomplit une sorte d’obligation sacrée qui lui est imposée par sa nature. C’est donc le commandement légitime de sa destinée qui se fait entendre par la voix de sa conscience; c’est pourquoi le refus d’obéir, la désertion de ce devoir particulier à l’homme entraînent aussitôt chez lui ce malaise moral auquel il a donné le nom de remords, impression aussi sensible, aussi facile à reconnaître que le malaise physique qui suit en nous l’inobservation ou le mépris d’une loi essentielle de la nature. En quoi pourtant cette obligation, manifestée par la voix de la conscience, serait-elle inconciliable avec la doctrine de Socrate sur l’identité de la vertu, de la connaissance de la vérité et du bonheur? Entendre clairement celte voix de la conscience, discerner avec son secours et avec la lumière de la raison l’ordre qu’il convient de mettre entre les biens vers lesquels nos divers instincts nous poussent, préférer les meilleurs par l’effet de ce discernement même, et trouver notre bonheur à les posséder, voilà ce que Socrate entend par vertu, et sa définition peut être avouée par la philosophie la plus austère.
J’ose ajouter qu’elle est avouée par la religion, qui dit, dans un langage admirable, qu’il faut connaître Dieu, l’aimer et le servir, c’est-à-dire avoir d’abord la connaissance de la vérité , puis céder à l’amour qu’elle inspire, et enfin s’unir à elle par sa conduite et y trouver le bonheur. C’est la marche môme que Socrate a tracée pour le sage; mais, à la différence
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de Socrate qui ne peut engager sur ce chemin que l’homme assez éclairé pour discerner entre les vrais biens de la vie, pour mettre un ordre raisonnable dans ses désirs et pour sacrifier, dans l’intérêt de son bien-être moral, le moins noble au plus noble, à la différence de Socrate, qui ne peut guère se faire suivre sur cette route que par l’élite intellectuelle du genre humain, la religion y pousse confusément tout le monde, parce qu’elle en a élargi l’entrée en simplifiant le premier terme du problème : la connaissance de cette vérité qu’on ne peut ensuite manquer d’aimer et de servir. La religion n’est pas autre chose qu’une simplification hardie de ce premier terme du problème moral , qu’elle résout ainsi d’autorité et qu’elle met au niveau de la plus humble intelligence. Elle ne dit pas seulement comme Socrate : Connais-toi toi-même, démêle dans la foule de tes penchants ceux qui te portent au bien , discerne ce vrai bien lui-même de tous les faux biens qui l’entourent et qui parfois lui ressemblent, va enfin le saisir à travers tous les obstacles, et tu seras heureux. Elle tient un autre langage, elle dit hardiment à celui qui a le don (ne l’a pas qui veut) de l’écouter volontiers et de la croire : Dieu a parlé ; il a dit deux fois, d’abord dans le désert de Sinaï, puis dans une ville de la Judée, que tu dois être juste , honnête, pur jus(fu’au fond du cœur, bienfaisant envers tes ennemis même , résigné aux maux de la vie, disposé à rendre le bien pour le mal, et qu’en agissant de la sorte lu trouveras le vrai lionheur. Ces
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enseignements, sauf en ce qui louche une charité plus ardente et une humilité sublime, ne différent guère, dans la pratique, de ceux de Socrate ; mais ils ne sont pas seulement destinés aux élégants d’Athènes et à la belle jeunesse dont le philosophe était entouré, ils tombent incessamment comme une ondée vivifiante sur le cœur des multitudes ; ils ne supposent pas qu’on a résolu d’abord la question du souverain bien avec l’instrument délicat de la dialectique, ils ont pour point de départ celte affirmation autrement simple, autrement puissante, respectable même à ceux qui ne peuvent l’admettre, s’ils tiennent compte des bienfaits qui en découlent : Dieu a parlé !
C’est ce point de départ si élevé de la morale chrétienne, c’est celte source surhumaine d’où on la répand sur le monde qui lui ont toujours donné un air si différent de celui de la morale antique, alors même que leurs enseignements se ressemblent, qu’elles agissent dans le même sens et qu’elles poussent du même côté le cœur de l’homme. L’une donne des conseils, l’autre communique des ordres; l’une en appelle à votre science en même temps qu’à votre conscience, à votre connaissance du vrai, à votre discernement des biens véritables ; l’autre exige simplement votre croyance et prend la forme d’un message céleste que la voix intérieure de la conscience a seulement le droit de confirmer ; l’une enfin (et voici peut-être leur différence capitale) prend ce monde même pour base et le plus souvent pour terme ; elle lient surtout à y régler les rapports des hommes entre
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eux au point de vue de la justice, afin d’y assurer en même temps leur bien-être et leur santé morale, et elle arrive ainsi au juste et au beau par le chemin de l’utile ; l’autre considère ce monde avec une sorte d’indifférence, ne daigne le régler qu’en vue du monde invisible, et ne voit d’ordre véritable, de bonheur digne d’envie, de mérite récompensé qu’au delà de cette terre. Elles se touchent cependant en plus d’un point, et les nobles conseils d’un Platon, d’un Marc- Aurèle sont souvent bien voisins des commandements du christianisme ; mais cette rencontre est la perfec- { tion de la morale antique , tandis qu’elle est le point de départ, ou, pour mieux dire, l’éternel statu quo de la morale chrétienne. Pour éliminer de la morale antique la notion prépondérante de l’utile, ou plutôt pour l’y épurer en la rapprochant de plus en plus de celle du juste, il a fallu l’effort ingénieux des plus beaux génies; pour faire pénétrer au contraire la notion de l’utile dans la morale chrétienne, lorsque les casuistes ont voulu l’accommoder aux relâche- i ments du monde et à la vie corrompue des cours, il n’a pas fallu moins d’efforts, et, si la première a été pénible à élever, la seconde n’a pas été moins difficile à avilir.
Toutes deux dans leur pureté serviront éternellement, selon le temps, selon les lieux, et surtout selon le tour des esprits auxquels elles s’adressent, à rendre les hommes meilleurs et par conséquent plus heureux. Qu’on veuille pousser les hommes au bien au nom de la philosophie ou au nom de la religion^
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le champ est vaste et peut donner sans combat une large place à tous les apôtres. Dans cette mer poissonneuse où l’un pêche avec une ligne et l’autre avec un filet, chacun fait sa capture, et qu’y a-t-il d’étonnant ou de regrettable si le filet symbolique de Pierre est le plus tôt et le mieux rempli ! Il est de la nature de l’homme d’aimer, au milieu des maux de cette vie, les promesses faites avec certitude, et de faire le bien plus volontiers, s’il est soutenu par une ferme espérance. D’un autre côté, qui ne connaît certains hommes, semblables à l’homme excellent qui a fait cet ouvrage, en qui la philosophie produit des fruits de justice et de bonté comparables à tous ceux que la religion peut mûrir ! Ne faisons donc la guerre qu’à ce qui abaisse l’homme; honorons et aimons tout ce qui l’élève.
Prévost-Paradol.